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Numerico

L'économie des médias en question

Monthly Archives: mars 2010

Après deux ans et demi d’existence, le magazine Polka a clôt son exercice 2009 à l’équilibre. Son modèle économique original semble plutôt bien fonctionner. Décryptage d’une entreprise qui sort du lot, avec son fondateur, Alain Genestar.

Un chiffre d’affaire de près d’un million d’euros et un exercice 2009 à l’équilibre après seulement deux ans et demi d’existence, dans le secteur de la presse écrite, le magazine trimestriel Polka fait figure de quasi-exception (voir son site Internet ici). Polka, c’est une affaire de famille et de photo. Lancé en 2008, le magazine de photo reportage est l’oeuvre d’Alain Genestar, ancien directeur de la rédaction du JDD puis de Paris Match, et de ses enfants. C’est pour une photo qu’il avait dû quitter Paris Match, c’est grâce à la photo que le fondateur de Polka peut aujourd’hui se targuer d’avoir inventé un nouveau modèle économique. Cette réussite s’appuie sur un modèle original plurimédia. « Polka est une marque qui se décline en trois médias, explique Alain Genestar. Un magazine, une galerie et un site internet. »

La partie magazine représente la moitié du chiffre d’affaire, soit environ 500 000 euros.

Polka Magazine - Couverture du numéro 8

Les recettes du magazine proviennent à égalité de la publicité et des ventes. L’autre moitié du chiffre d’affaire correspond à la vente des clichés exposés par de nombreux photo-reporters. Dans la galerie Polka (voir les photos du dernier vernissage de la galerie ici), bien sûr, mais aussi dans les hôtels Sofitel américains et européens avec lesquels Polka a passé un accord international l’an dernier. Pendant toute l’année 2010, par exemple, Polka expose sur le thème de la mode dans dix hôtels Sofitel autour du monde.

PolkaLive

Le site internet est « pour l’instant un site compagnon qui ne rapporte rien », indique Alain Genestar. « Mais nous avons le projet de monter un grand site web d’info se fondant principalement sur la photographie. » Ce projet, c’est PolkaLive, en cours de développement. Un dossier a été déposé pour obtenir les subventions à la presse en ligne. « Si ça marche, le site emploiera une douzaine de journalistes ». Coût d’une telle entreprise? « Dans l’idéal, il nous faudrait 400 000 euros, mais avec 200 000 euros, on pourra se débrouiller pour démarrer ».

Rémunérations des photographes

Les photo-reporters, c’est un peu la raison sociale de Polka, créée pour donner de l’espace et de la visibilité à leur travail. « On permet aux photographes d’exposer leur travail en trois dimensions, se félicite ainsi Alain Genestar. « Mais les photographes qui contribuent au magazine ou sont exposés dans la galerie ne sont pas exactement payés trois fois plus… Au tout début de l’aventure Polka, les photo-reporters n’étaient pas rémunérés pour leur contribution au magazine et les produits de leurs ventes en galerie étaient partagés. 50% pour eux, 50% pour Polka. « On s’est rendu compte assez vite que ce n’était pas la bonne solution », avoue le fondateur de Polka. « Cela nous obligeait à exposer systématiquement les photo-reportages publiés dans le magazine, alors même que ceux-ci ne s’y prêtaient pas forcément. » Aujourd’hui, plusieurs systèmes de rémunération des photographes cohabitent. Ceux qui sont uniquement publiés dans le trimestriel sont payés en droits d’auteurs. Pour ceux qui sont à la fois publiés dans le magazine et exposés à la galerie, l’ancien système persiste. « Mais nous garantissons un cachet minimum qui correspond aux droits d’auteurs pour la publication dans le magazine. Cela permet notamment de donner leur chance aux jeunes photographes », argumente Alain Genestar.

« Nous ouvrons notre capital »

Le fonctionnement de Polka, pour l’instant, c’est un peu bonne volonté et bouts de ficelle. Très peu de main d’oeuvre, des salaires modestes et pas de rémunération fixe pour les trois membres de la famille Genestar qui se sont lancés dans l’aventure. « Nous avons mis le capital dans les fondamentaux. Un beau lieu d’exposition et un très beau magazine. » Du coup, pas d’investissement publicitaires ni de campagne d’abonnement, et un modèle qui arrive un peu au maximum de ses possibilités. « Nous ne pourrions pas assurer un deuxième accord comme celui que nous avons avec le groupe Sofitel. Ce serait trop de travail! », confesse Alain Genestar. Il est temps de passer à une autre échelle. « Nous ouvrons notre capital, tout en ayant la volonté de rester majoritaires. On dit à nos futurs investisseurs, voilà ce que nous avons créé, maintenant, développons cela ensemble ». Et des idées de développement, Alain Genestar n’en manque pas. Le fameux site PolkaLive, mais aussi, pourquoi pas un autre rythme de diffusion. « C’est une vrai souffrance de ne sortir que quatre magazine par an, alors pourquoi ne pas changer le rythme de diffusion ou carrément lancer un autre journal! »

Nom de famille

Ca a l’air tellement facile, qu’on ne peut s’empêcher de poser la question. « Mais si on ne s’appelle pas Genestar, on fait comment? » Pas de langue de bois. « C’est compliqué… C’est possible, mais c’est beaucoup plus long. C’est sûr qu’on est parti avec des préjugés favorables ». Et cela, ça n’a pas de prix.

Laurence DESJOYAUX

– Galerie Polka, 12 rue Saint Gilles, Paris 3ème.

– Pour l’exposition en cours, le prix des oeuvres varie, en fonction de la taille et du photographe, de 950 à 10 600 euros.

Publicités

La France, doux royaume des subventions publiques ? Pour la presse, la chose paraît entendue : dans aucun autre pays les médias ne dépendent autant de l’Etat. Mais si l’on distingue aides directes et indirectes, la singularité française s’amenuise.

Il existe aujourd’hui une vingtaine d’aides en France, directes et indirectes (voir le site du ministère de la Culture). Les secondes représentent la part la plus importante de ces aides : régime postal préférentiel, TVA à 2,1 %, exonération de la cotisation foncière des entreprises (l’ancienne taxe professionnelle), etc. D’autre part, les aides à la diffusion, à la modernisation, au pluralisme appartiennent à la première catégorie.

Au total, les aides de l’Etat constituent 10 % à 15 % des ressources des journaux, contre 40 %, en moyenne, pour la publicité.

AFP PHOTO JACQUES DEMARTHON

Si la France demeure une exception, c’est moins en raison des aides indirectes, pourtant conséquentes, que du fait de la hausse continue des subventions directes. En dix ans, elles ont plus que doublé, pour atteindre 280 millions d’euros en 2008 (voir tableau p. 106).

Or en Europe, ce système d’aides directes est le plus souvent inimaginable. Des aides indirectes demeurent, comme la TVA à taux réduit et les tarifs postaux préférentiels. C’est le cas en Allemagne, comme le rappelle Bertrand Pecquerie dans un article paru en avril 2009 à La Documentation française .

Le directeur du World Editors Forum (WEF) précise cependant que, en Italie, « la Poste marche tellement mal qu’il est impensable de distribuer les journaux par ce biais ».

Quelques exceptions… européennes

Les aides directes ne sont pas pour autant l’exclusivité de la France. En Europe, la Suède et, dans une moindre mesure, l’Espagne se distinguent.

Dans ce pays, au nom de la diversité linguistique, des journaux reçoivent des subventions publiques. Ainsi, en Catalogne, la région intervient. Il faut toutefois nuancer car, selon Pecquerie, si l’on compare le niveau des aides directes entre la France et l’Espagne, le rapport est de 1 à 20.

Et le directeur du WEF d’ajouter que l’Etat en France subventionne (directement) la presse dix fois plus que ne le fait la Suède, proportionnellement s’entend. Or les deux pays comptent presque le même nombre de quotidiens : 80 environ.

« En Suède, ces aides directes sont destinées aux petites publications, qui touchent un bassin de population réduit », explique-t-il. « Et ce en vertu du principe de diversité territoriale. »

Brésil: des aides publiques camouflées

25 ans après la fin de la dictature militaire (1964-1985), il est inimaginable au Brésil – notamment au nom de l’indépendance de la presse – que celle-ci reçoive des aides financières de l’État. Et pourtant, caché derrière la publicité officielle, l’argent public représente une partie importante du budget des médias.

« Depuis la redémocratisation du pays, l’argent public est un moyen de contrôler les médias, les petits comme les grands », estime le politologue et professeur de l’Université de Brasilia, Antônio Flávio Testa.

Pour 2010, le Parlement a approuvé un budget de 700 millions de reais (289 millions d’euros) pour la publicité de l’Etat (voir le tableau ici), selon l’association non-lucrative « Contas Abertas » (Comptes ouverts). C’est le montant de publicité le plus élevé voté ces dernières années.

Contrairement à la France, il n’y a pas au Brésil de grandes chaînes de télévision ou radios publiques. L’importance de ce montant se justifie selon le gouvernement par sa responsabilité d’informer les citoyens via la presse traditionnelle. Mais aussi, ce qu’il ne dit pas, pour faire sa propre publicité. Ni le gouvernement ni les médias ne souhaitent changer ce système.

« Une sorte de ‘bourse média’ [aides directes] n’est pas du tout envisageable. Pour le gouvernement, il est beaucoup plus intéressant d’avoir de la publicité dans la presse plutôt que de donner des aides directement. D’autre part, les médias savent qu’une aide officielle n’atteindrait jamais un tel montant », résume Testa.

Les petits médias sont les plus influencés par le pouvoir puisque leurs ressources financières dépendent davantage des aides publiques. Selon le politologue, un cas emblématique de cette interdépendance est celui de l’arrestation le 11 février de l’ex-gouverneur du Distrito Federal (la région administrative de Brasilia), accusé de corruption.

« Les scandales de corruption sont sortis d’abord dans la presse nationale (hors de Brasilia). La presse locale n’a commencé à traiter le sujet qu’à partir du moment où il était déjà rendu public », raconte-t-il.

A part l’ex-gouverneur, José Roberto Arruda, cinq autres personnes ont été arrêtées. Parmi eux, l’ex-secrétaire de  la Communication Wellington Moraes. « Le gouvernement (du Distrito Federal) a été transformé en une entreprise privée », ajoute Testa.

Comme dans toutes les grosses entreprises, la publicité attire la convoitise. Au Brésil, le Distrito Federal n’est donc pas une exception.

João ALENCAR et Bruno DUSAUSSOY

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L’enquête journalistique coûte-t-elle si cher ? Qu’est-ce qui pèse le plus sur le budget d’une rédaction lors d’une recherche de longue haleine: le temps, les frais, l’équipe ? Chaque semaine, Numerico décortique le coût d’une enquête, sur différent supports. Plongée dans les notes de frais et les fiches de paie des journalistes d’investigation.

Depuis trois ans, Gérard Davet, grand reporter au Monde, suit de près les affaires politiques et judiciaires autour de Gaston Flosse, ex-président de la Polynésie française. Homme fort de la collectivité d’outre-mer et proche de Jacques Chirac, il est poursuivi en 2009 dans onze enquêtes pour corruption. « Polynésie, La chute du parrain de Tahiti », une enquête de M.Davet, a paru jeudi 6 février en couverture du Monde Magazine. Il y retrace à travers de nombreux témoignages et citations de procès-verbaux le « pouvoir total, sans concessions » qu’exerçait Gaston Flosse via un réseau clientéliste, puis explique sa déchéance.

Le Monde Magazine - Publication du 6 février

La rédaction du Monde Magazine a décidé de l’envoyer sur place une quinzaine de jours pour enquêter sur le « système » Flosse. Selon Gérard Davet, « il était impossible de couvrir un sujet aussi complexe et délicat par téléphone ». Une décision journalistique importante, dont nous avons tenté de reconstituer le coût.

Au total, l’addition de l’enquête s’élève à plus de 17 000 euros pour les six pages.  Ce chiffre prend en compte la plupart des postes importants : le salaire du journaliste, ses frais sur place, ainsi que toute la partie « post-production » : édition, mise en forme, iconographie, traitement.

Terrain

Pour préparer ce dossier délicat, le journaliste s’entretient d’abord avec une dizaine de personnes à Paris – un temps que nous évaluons grosso modo à deux jours de travail (répartis sur une plus longue période). Ensuite, départ pour Tahiti où l’envoyé spécial reste deux semaines pour enquêter sur le terrain. A son retour, il prend quatre jours pour rédiger son article à partir de ses notes et des documents qu’il a amassés.  En plus de cette enquête, le journaliste a publié un article dans le quotidien sitôt revenu de Tahiti (voir ici). Au final, ce travail aura pris une vingtaine de jours : c’est à peu près le nombre de jours ouvrables dans un mois. En tant que chef du service des grands reporters, son salaire net s’élève à 4 300 euros. En brut, il aura donc « coûté » 7 830€ euros (en salaire brut chargé)* à sa rédaction pour cette enquête.

S’ajoutent à cela les frais de déplacement et logement, qui s’élèvent à 4 000 euros. Comptez  1 500 euros pour un aller-retour Paris-Papeete en basse saison. Sur place, le journaliste dépense 100 euros par nuit d’hôtel et environ 50 euros en nourriture. Sans oublier les 800 euros de location de voiture. Depuis quelques années, la situation financière du Monde s’est dégradée. Du coup, les journalistes  regardent à la dépense. « Le temps des voyages en première classe est révolu et les reporters évitent de dépenser plus d’une centaine d’euros pour une nuit d’hôtel », résume Gérad Davet.

Coquillages et colliers de fleurs

Pour être précis dans le calcul, il faut ajouter le temps consacré par cinq personnes à relire, corriger et titrer l’article, puis mettre au point la maquette etc. Un travail qui s’inscrit « dans le flux de la réalisation (du) numéro. Toute tentative de l’en isoler est donc artificielle », selon François Joly, chef d’édition au Monde Magazine.  L’édition et la correction d’un article aussi long vont impliquer le travail d’un éditeur junior, d’un autre plus senior, et de deux correctrices. Au total, cette partie de la post-production coûte entre 700 et 1000 euros.

La version finale de l’article comporte une dizaine de photos, issues d’agences et de la presse locale magazine. Cécile Rivière, éditrice photo, estime le coût de l’illustration de cette enquête à 3 300 euros. On peut rajouter son salaire d’une semaine, soit 1363 euros bruts chargés**, dans les coûts de l’enquête – son travail fait partie de la mise en valeur de l’article. En couverture du Magazine, une photo de  Gaston Flosse, colliers de fleurs autour du cou, en compagnie de Jacques Chirac, son ami. L’ex-président polynésien est suspecté, entre autres, d’avoir « port(é) des valises » pour le RPR, selon l’article. On découvre dans l’enquête le poids de cette amitié dans le maintien du pouvoir de Gaston Flosse. Par exemple dans ce passage:

« Conseiller à l’outre-mer pour Lionel Jospin, en 1997, Alain Christnacht n’a rien oublié de sa prise de fonction: « J’avais rendez-vous avec le directeur de cabinet de M. Chirac, et je vois arriver tout d’un coup le président (…) juste avant de partir, il me glisse: « sachez que je considérerais comme une agression tout ce qui serait tenté contre M.Flosse. » »

Au long de sa carrière de grand reporter, Gérard Davet a couvert  des évènements aux quatre coins du monde. Son salaire  est la dépense majeure de la rédaction pour cet article (et non ses frais), comme dans la plupart des enquêtes. Pour M.Davet, c’est le prix à payer pour « une information  de qualité, certifiée par un journaliste expérimenté du Monde ». Selon lui, Tahiti ne brille pas par sa tradition d’indépendance journalistique. De même, le travail de ses quelques bloggueurs ne peut pas témoigner d’une telle rigueur, ni fournir une enquête aussi riche et affinée. Les difficultés financières de sa rédaction ne l’empêchent pas de payer un employé un mois entier pour rendre un seul sujet approfondi. 

Selon M.Davet, seul un média papier peut se permettre de telles dépenses pour une enquête de ce genre. Or, le pure player Mediapart a également envoyé un journaliste enquêter sur le même sujet et à la même époque. A suivre prochainement sur Numerico.

Nina MONTANE

*4 300 euros nets, soit 5 400 euros bruts multipliés par 1,45 pour obtenir le coût total chargé.

**sur la base d’un salaire brut hebdomadaire à 940 euros.

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Ils ont explosé en 2009 et les projets seront encore plus ambitieux en 2010, il s’agit des web-documentaires. Alors, mettez-vous à la page et regardez certaines des créations qui  auraient échappé à votre curiosité lors de leur publication sur la Toile… Vous avez l’embarras du choix :

Le Challenge
Magnifique web-documentaire qui dénonce les abus environnementaux des compagnies pétrolières en Equateur.
Production : Honkytonk
Diffusion : Canal+

Le Corps incarcéré

Consacré au rapport que les prisonniers entretiennent avec leur corps en milieu carcéral. Un web-documentaire aussi beau esthétiquement que fort humainement.
Production et diffusion : Le Monde

Histoire d’œufs

La comparaison entre le parcours d’un œuf destiné aux supermarchés et d’un œuf destiné aux restaurants chics.
Production : Le Monde

Voyage au bout du charbon

Un voyage dans les provinces reculées chinoises où l’économie et les hommes tournent autour des mines de charbon.
Production : Honkytonk
Diffusion : Le Monde

L’obésité est-elle une fatalité ?

Vous menez vous-même une enquête magnifique sur un problème de santé grandissant. Très complet et frappant.
Production : Honkytonk.

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La Cité des Mortes

Enquête au Mexique, dans la ville de Ciudad Juarez, où depuis 1993 400 femmes ont été assassinées et 5 000 ont disparu. Narration originale où l’internaute change la fréquence d’une radio pour connaître les différents angles de l’enquête.
Production et diffusion : Upian

Thanatorama

Prenez la place d’un mort et découvrez l’envers du décor du monde funéraire.
Production et diffusion : Upian

Gaza/Sderot

Le quotidien des habitants de deux villes, l’une palestinienne, l’autre israélienne, situées de part et d’autre du mur qui sépare Israël de la bande de Gaza.
Production : Upian, Bo Travail !
Diffusion : Arte

Havana/Miami

Havana-miami.arte.tv, à retrouver sur www.arte.tv
Fin février, Arte proposera Havana-Miami. Il s’agit du portrait de douze garçons et filles, vivant à La Havane ou ayant gagné la Floride.

Prison Valley

Plongeon dans le monde carcéral américain, quelque part dans le Colorado. A visionner prochainement.
Production : Upian
Diffusion : Arte

The Afghan Diaries

Le quotidien difficile de soldats danois envoyés en Afghanistan.

The Iron Curtain Diaries : 1989-2009

17 étapes le long de l’ancien mur de Berlin. Une vision de l’Europe unifiée mais qui reste déséquilibrée.

Mediastorm
Ce site propose d’excellents web-documentaires sur des sujets forts, durs… Un travail journalistique d’une qualité rare.

Portraits d’un Nouveau Monde
Cette série, qui sera publiée progressivement tout au long de l’année, est consacrée aux grands enjeux du XXIème siècle. 24 films, divisés en 6 thématiques (urbanisation, émigration, environnement…), tentent de brosser un portrait le plus complet possible du monde en marche.

Etudes et thune

Les étudiants du Centre de Formation des Journalistes explorent les différents aspects de la vie étudiante (logement, travail, santé…), sous l’angle de l’argent. Intéressant et vivant.

Adoma vers la maison

Un web-documentaire de Thierry Caron en forme de déambulation dans un foyer Sonacotra, au milieu des gens qui y vivent.

A la conquête de la Lune

Découverte des différentes périodes marquantes des relations entre les hommes et la Lune.
Production et diffusion : France 24/RFI

Yoan HENTGEN

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Près de 140 000 applications différentes disponibles à travers le monde. Plus de trois milliards de téléchargements depuis le lancement de l’App Store en juillet 2008. Les applis iPhone sont un incontestable succès.

L'iPhone bouleverse la presse - Flicker "dulnan"

Soucieux de ne pas rater le coche, d’autres qu’Apple s’y sont mis (toutes les plateformes répertoriées ici), que ce soit Blackberry ou Google pour son Androïd. Mi-février, 24 opérateurs de télécommunication ont même annoncé (comme le rapporte l’AFP) le lancement d’une plateforme commune d’applications utilisables sur tous les smartphones.

Si les jeux tiennent le haut du pavé des téléchargements, l’actualité, elle aussi, connait un certain succès (voir la part des téléchargements par secteur sur le blog du Figaro). Les applications ont transformé la manière de « consommer » de l’information. Chance pour la diffusion, les applis signent surtout le grand retour des titres de presse. En effet, si avec Google actualité le lecteur ne distinguait pas l’origine d’une information, avec une application on consulte au contraire un titre, un ton.

Une chance donc, mais aussi un passage obligé. Depuis le lancement de la première application française d’information en novembre 2008 (celle du Monde.fr) presque tous les organes de presse ont emboîté le pas. Dernier en date, le site internet d’information slate.fr a lancé la sienne début mars. Pour Johan Hufnagel, rédacteur en chef du site, l’essentiel était de la développer assez vite. L’application est sobre, propose pratiquement tout le contenu du site. « Les gadgets ce n’est pas forcément ce qui marche le mieux » explique-t-il. Si plus d’un an s’est écoulé entre lancement du site et la mise au point de l’application, c’est que la priorité était « d’avoir un site web qui tienne la route », avant de s’étendre aux autres supports.

Pratiquement le dernier absent de l’App store, la plateforme où sont disponibles les applications, le quotidien La Croix prépare la sienne. Elle devrait sortir « dans les trois mois » selon François Ernenwein, rédacteur en chef du journal.

A ce petit jeu là, c’est le premier arrivé qui s’en tire le mieux. Le Monde, en tête,  revendique ainsi 1,9 million de téléchargements pour son application. Loin devant ses concurrents directs. L’application du Figaro, bon second, a été téléchargée 650 000 fois, juste devant celle de 20 minutes (530 000). Reconnu pour son inventivité, le gratuit est présent sur ce créneau depuis février 2009. Libération, qui ne s’y est mis que fin novembre dernier, a annoncé (ici)avoir refait son retard avec plus de 500 000 téléchargements.

L’imbroglio des chiffres de téléchargement

Faramineux au regard de la diffusion de la version papier de ces titres (à comparer par exemple  aux 318 000 exemplaires du Monde), ces chiffres sont en fait à prendre avec des pincettes.  Les  journaux agrègent allègrement  mises à jour aux téléchargements initiaux. Chaque téléchargement ne correspond alors pas à un iPhone équipé. Ainsi parmi les 1,9 million de téléchargements de l’application du Monde seuls 1,4 sont des installations initiales, le reste étant constitué de mises à jour. De même pour 20 minutes, qui compte environ 80 000 mises à jour parmi ses téléchargements.

Par ailleurs, impossible de savoir ce que deviennent les applications une fois téléchargées. Sont-elles consultées ? Sont-elles mises à jour ? Les seules études que réalise Apple sur le sujet sont mondiales et ne font pas la distinction entre jeux et actualité. Seule solution pour comprendre comment un détenteur d’iPhone consulte ses applications : les enquêtes qualitatives.

Bon moyen d’augmenter la diffusion des contenus, les applications relèvent également, pour Luciano Bosio, directeur de la stratégie, des études et de la communication du groupe Le Figaro, d’une « obligation de marque ». Il faut donc, pour les titres de presse, être présent sur l’iPhone. Les applications ne sont d’ailleurs pas forcément l’ennemi du papier comme en témoigne Julie Conda : « J’ai téléchargé l’appli des Inrockuptibles et depuis je me suis mise à l’acheter. »

Un bémol tout de même, contrairement aux sites internet consultés d’abord durant les horaires de bureau, on peut avoir accès à son iPhone partout, sur la plage ou dans le métro, là même où le papier résistait plutôt bien.

Luc LACROIX

Photo :  iPhone versus Print via dulnan

Dossier « Le coût d’une enquête »En 2009, Le Figaro et Le Monde ont envoyé des correspondants à plusieurs reprises en Afghanistan, notamment lors des élections présidentielles en août dernier. Voici leurs additions.

L’Afghanistan, une guerre à 5 700 km de la France, loin des préoccupations quotidiennes des Français. Mais c’est aussi un conflit qu’on ne peut se passer de traiter : quelque 3 000 soldats français sont engagés sur le territoire afghan. Comment s’organisent les rédactions parisiennes pour couvrir ce type d’événements international ? Rien ne remplace l’envoi d’un journaliste sur place. Une démarche qui se révèle coûteuse en ressources humaines, en temps et en argent.

Le Figaro: plus de 50 000 euros

Au Figaro, les frais de la couverture du conflit en Afghanistan sont évalués à 50 000 euros pour l’année 2009. « Trois reporters se sont rendus sur place, depuis Paris », précise Philippe Gélie, éditeur du service International. François Hauter et Thierry Portes sont partis pendant deux semaines chacun : le premier en mars 2009, l’autre avec l’armée française, en juillet dernier. Portes a notamment réalisé un reportage sur le travail des forces françaises dans la province de Kapisa. Le troisième reporter, Renaud Girard, a passé 50 jours sur place, lors des élections présidentielles, en août dernier. Il a écrit une trentaine d’articles. Entre autres, deux interviews exclusives: une du président afghan Hamid Karzai, et l’autre de Stanley McChrystal, le commandant des forces américaines et de l’Otan en Afghanistan. La plupart de ses articles ont été annoncés en une du Figaro.

Renaud Girard lors des élections présidentielles de 2009 à Kaboul

Si l’on ajoute les salaires des journalistes envoyés sur le terrain, la note finale de la couverture dépasse les 50 000 euros, mais la rédaction du quotidien n’a pas voulu communiquer l’information. Philippe Gélie, du Figaro, relativise l’importance des salaires des journalistes dans le calcul du coût de la couverture du conflit : ils sont payés autant, qu’ils se trouvent à Paris où en Afghanistan.

Pour les élections présidentielles, évènement majeur de l’année, les frais de la couverture s’envolent à 30 000 euros, plus de la moitié du budget destiné à l’Afghanistan. Chaque jour, Renaud Girard a dépensé environ 500 euros: 200 euros d’hôtel, 100 euros pour la location d’une voiture quatre-quatre et pour payer son chauffeur, plus 200 euros de frais de « fixeur ». A raison de 500 euros par jour, sur 50 jours, la note arrive aux 25 000 euros. Il faut ajouter à cela environ 5 000 euros des frais divers, comme le billet d’avion et le photographe local engagé pour les interviews.

Le coût des 30 articles écrits lors des élections afghanes revient donc à 1 000 euros par papier en coûts variables. (30 000 / 30)

M. Gélié explique que le « fixeur » représente une des dépenses les plus élevées car son rôle est crucial : il met en contact le journaliste avec des acteurs locaux, sert d’interprète et de guide. Et en Afghanistan, il assure aussi la sécurité du journaliste. Si l’envoyé spécial est pris en charge par l’armée française (ou « embarqué »), cela réduit fortement les coûts sur place. Or, au Figaro, deux journalistes sont partis par leurs propres moyens et ils ont eu besoin d’un fixeur. Cela a allongé leur addition.

Le Monde: environ 40 000 euros

Au Monde, c’est un autre budget. Sur l’année, la rédaction évalue les frais de cette couverture à 20 000 euros. Quatre journalistes ont consacré environ quatre mois cumulés à couvrir cet événement, soit 20 000 euros de salaire versés par la rédaction (sur la base d’un salaire estimé à 5 000 euros bruts pour un journaliste expérimenté). En se limitant à ces deux dépenses, le bilan de la couverture s’élève donc à 40 000 euros.

C’est aussi une autre configuration. Le quotidien dispose d’un bureau régional à New Delhi, chargé de l’Asie et d’une partie du Moyen-Orient. A sa tête, Frédéric Bobin, grand reporter dans la région depuis une vingtaine d’années, a couvert les élections présidentielles. Sur 47 jours, le reporter aura coûté à sa rédaction environ 7 500 euros brut (un journaliste expérimenté du Monde étant payé 5 000 euros bruts), une somme supérieure à ses frais, 6 325 euros.  Si on additionne les deux, la couverture s’élève à 13 825 euros. Le coût de chacun des 32 articles, dont six commencent en une, atteint alors 432 euros.

Frédéric Bobin, Vallée de Kunar, à l’est du pays, mars 2009

Comptez tout d’abord environ 500 euros de billet d’avion New Delhi-Kaboul. Au cours de quatre voyages d’une douzaine de jours à chaque fois, Frédéric Bobin a limité ses dépenses. Plutôt que le palace où se retrouvent la plupart des journalistes internationaux, il fréquente une guest house, moins sécurisée mais meilleur marché : 50, 60 dollars la nuit (une quarantaine d’euros). Lors de son dernier séjour, début novembre, il a dépensé 340 euros de frais de bouche et 330 euros de taxi, à Kaboul et en dehors. Comme le journaliste connaît la région et s’est créé un réseau au fil du temps, il tente de minimiser le recours à un « fixeur » : trois à quatre jours par voyage, rétribués 150 à 200 euros.

D’autres reporters se sont déplacés en Afghanistan en 2009. Ils ont consacré deux mois et demi cumulés à la couverture de ce conflit, soit 12 500 euros de salaire brut à payer pour la rédaction. Suite aux soupçons de fraudes électorales, Jacques Follorou, reporter chargé du desk Asie, s’est rendu trois jours sur place en octobre avec Bernard Kouchner. Il y est retourné trois semaines en novembre, dont une partie à Kandahar et une autre embarqué avec l’armée canadienne et celle des Etats-Unis, et a rédigé quelques articles à Paris par la suite.  Nathalie Nougayrède y a passé une petite semaine en mars, embarquée avec l’OTAN, et a accompagné trois jours Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes. Enfin, Rémy Ourdan a passé un mois en juillet en Afghanistan, embarqué pendant une partie de son voyage.

Les coûts de la couverture s’alourdissent si on inclut le travail d’édition des articles. En 30 minutes en moyenne, la version du reporter passe entre les mains d’un journaliste du desk, puis d’un des chefs du service, d’un éditeur (le salaire de ces trois derniers est estimé à 5 000 euros bruts) et enfin se fait valider par un rédacteur en chef (son salaire est évalué à 6 200 euros bruts)*. Cependant, un coût reste flou : « le temps de préparation d’un article est impossible à quantifier, car très variable d’un journaliste à l’autre et d’un papier à l’autre», selon Christophe Chatelot, chef adjoint du service International au Monde.

Quitte ou double

Si on ne prend pas en compte les salaires des journalistes, entre le Figaro et le Monde, le budget destiné à la couverture du conflit en Afghanistan en 2009, passe du simple au double : 50 000 pour le premier et 20 000 pour le deuxième. D’une part, les pratiques des reporters différent quand à l’emploi d’un « fixeur » (10 000 euros pour deux mois au Figaro, contre  pas plus de 1 500 pour une dizaine de jours au Monde). D’une autre part, alors qu’au Monde trois journalistes sont partis embarqués avec l’armée, au Figaro, seul un reporter du Figaro s’est servi de cette méthode, ce qui a alourdi l’addition.

M. Girard, du Figaro, relativise le coût du salaire des journalistes du quotidien : « Un diplomate français envoyé en Afghanistan voit son salaire quadrupler, alors que le nôtre ne change pas ». Au Monde, Jacques Follorou fait remarquer que des confrères anglo-saxons, eux, bénéficient d’une prime lorsqu’ils se rendent dans des pays en guerre. Pour les quotidiens français, un coût ne se quantifie pas : le risque pris par les journalistes en zone de conflit.

Martin FOSSATI et Nina MONTANE

*Nous ne pousserons pas le fastidieux (voire l’absurde) de notre entreprise à calculer  le prix de la relecture par la suivante opération : 25 minutes consacrées par des journalistes payés à 5 000 euros bruts + 5 minutes par un rédacteur en chef payé à 6 200 euros bruts. Mais si des petits malins se sentent la motivation, qu’ils s’amusent.

Gratuité de l’information en ligne, chute des revenus des médias traditionnels, business model introuvable sur Internet… les ressources des médias, tous supports confondus, tendent à se réduire. Le journalisme de qualité est confronté à un important défi, celui de la réduction du budget des rédactions. Les entreprises traditionnelles de presse réduisent leurs dépenses et suppriment des postes. Les sites d’information sur Internet, qui pourraient prendre le relais, ont du mal à trouver un modèle économique qui leur permet de financer des enquêtes de longue durée ou des couvertures à l’international.

Dans ce contexte de crise et de transformation, Numerico a voulu disséquer les composantes économiques d’un travail d’investigation ou du traitement d’un évènement international, en profondeur et sur une longue durée. Combien coûte à un quotidien comme Le Monde ou Le Figaro, une année de couverture de la guerre en Afghanistan ? Combien coûte une enquête, comme celle sur Gaston Flosse, réalisée par Gérard Davet pour le Monde Magazine ?

La reconstruction des coûts et la recherche des chiffres n’a pas été facile. Pas à cause du refus de collaborer des médias, mais parce que la collecte de ce type d’information est un travail de fourmi. Certaines dépenses se sont révélées complexes à calculer,  même pour les journalistes qui ont mené les enquêtes, ou qui sont parti à l’étranger en tant qu’envoyés spéciaux. Voyage dans les notes de frais et les fiches de paie du journalisme « de qualité ».

Martin FOSSATI et Nina MONTANE

– 1ère enquête : Couverture  des élections présidentielles afghanes, le comparatif des coûts au Monde et au Figaro. Qu’est-ce qui coûte cher dans la couverture d’un sujet à l’étranger? Entre les deux quotidiens, qui dépense le plus? (vendredi 12 mars)

– 2ème enquête : Le prix d’une enquête sur Gaston Flosse en Polynésie française par Le Monde Magazine (vendredi 19 mars) (voir ici)

A venir:

– 3ème enquête : L’enquête sur Gaston Flosse, version Mediapart. Le pure player dépense-t-il autant que le journal papier pour son investigation? Comment la finance-t-il?  (vendredi 26 mars)

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