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L'économie des médias en question

Vous les croisez tous les jours, peut-être même leur achetez-vous des journaux, mais que connaissez-vous de leur vie quotidienne et des revenus de leur travail? Portrait du métier de kiosquier.

Elles sont fraiches mes nouvelles, elles sont chères mes nouvelles.

Iqbal attend les élections présidentielles de 2012 avec impatience. Ni militant au sein d’un parti, ni passionné par la politique, ni férocement anti-sarkozyste, Iqbal est kiosquier. Une  période d’actualité riche, comme les élections, est pour lui synonyme de progression des ventes. « Moi, j’ai adoré le début de la crise ! J’ai sacrément augmenté mon salaire », se réjouit-il.

Les kiosquiers tirent leur rémunération du nombre de journaux qu’ils vendent. Pour chaque exemplaire vendu, 18% leur revient. Une fois les charges déduites, le commerçant touche environ 10% du prix de vente. Chaque journal Libération vendu rapporte donc autour de 13 centimes à celui qui vous l’a proposé. Les relais H, présents dans les gares et métro touchent eux des commissions de 30%.

Iqbal fait ce métier depuis 5 ans. Installé à l’entrée de la bouche de métro République, le solide gaillard a l’habitude des semaines de 80 heures de travail. Sans prendre aucune pause. « Si j’ai besoin d’aller aux toilettes j’appelle ma femme pour qu’elle vienne me remplacer quelques minutes ». Eté comme hiver, Iqbal est debout toute la journée derrière son comptoir. L’homme garde cependant le sourire quand, pour la 15ème fois de la journée, un touriste égaré vient lui demander son chemin. Ces rudes conditions de travail contre un salaire pas franchement mirobolant ont pourtant fait renoncer de nombreux kiosquiers à leur boutique : le nombre de points de vente de journaux a chuté de près de 16% depuis 1995 selon un rapport législatif du Sénat, soit quelques 800 kiosques aujourd’hui.

Un kiosque parisien, près de la place de Clichy - Flickr

A force de Parisien, de Nouvel Obs et de Closer vendus, Iqbal parvient à amasser environ 2 000 euros nets par mois. Si l’actualité se déchaîne, il peut gagner jusqu’à 4 000 euros. Les taux de rémunération des kiosquiers français sont inférieurs de plus de 25% en moyenne à ceux pratiqués en Grande-Bretagne et 20% en Allemagne, toujours selon le Sénat.

Les paumes rugueuses à force de déballer des cartons, Iqbal caresse sa pile de Le Monde, journal qu’il vend le plus : « c’est mon meilleur cheval », sourit-il. Les kiosquiers ne sont qu’un intermédiaire entre l’éditeur et le lecteur. Les éditeurs restent propriétaires de leurs numéros jusqu’à l’achat final par le lecteur. Les invendus doivent donc être renvoyés. « Ça me rassure, explique Alain, kiosquier à Bastille. Le vendeur de fruit d’à côté, lui, il doit se débrouiller avec ses bananes pourries ! »En contrepartie, le  kiosquier n’a pas son mot à dire sur l’arrangement de sa boutique : qu’il soit tendance Figaro ou résolument Humanité, le diffuseur doit présenter au public les titres de presse de façon impartiale.

Les revenus générés par les publicités plaquées sur les kiosques français ne reviennent pas au kiosquier. Ils filent tout droit dans la poche de l’Administration d’Affichage de Publicité (AAP), filiale détenue à plus de 90% par les groupes Hachette, Presstalis et Transport Presse. L’AAP assure la construction, l’entretien des kiosques et la gestion de la publicité.

Le kiosquier doit payer un loyer pour occuper un emplacement. A Paris, celui-ci est définit par la mairie en fonction du chiffre d’affaire généré. Iqbal paye lui plus de 500 euros par an. « C’est un petit loyer », explique-t-il. Pour décider de l’attribution des emplacements, la mairie réunit deux fois par an la commission professionnelle des kiosquiers. Plus vous êtes ancien dans le métier, plus vous avez de chance de vous voir attribuer un kiosque pas trop inconfortable et surtout bien placé. En Province, le paiement du loyer se fait auprès de la société Mediakiosque. Des kiosques comme des appartements, les prix baissent avec la taille de la ville.

Judith DUPORTAIL

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