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L'économie des médias en question

On connaît assez bien les montants des aides attribuées aux journaux papier de la presse traditionnelle. Mais cette même presse traditionnelle, sur le Net, fait preuve d’une opacité étonnante. Les pure players s’insurgent.

Les aides de l’Etat à la presse traditionnelle en ligne « sont des aides publiques qui ne sont pas publiques », souligne Laurent Mauriac, co-fondateur du site Rue 89 et membre du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) depuis sa création en octobre 2009. « Il me semble qu’il y a une contradiction énorme et que cela jette une suspicion sur l’ensemble du dispositif ».

Il y a un peu plus d’un an, Nicolas Sarkozy annonçait un plan de trois ans d’aides exceptionnelles à la presse française. Pour la première fois, les sites Internet de la presse traditionnelle y avaient droit. Au total, 20 millions d’euros en 2009 pour l’ensemble de la presse en ligne. La répartition exacte de ce montant, cependant, n’a jamais été rendue publique.

Le 15 janvier 2010, le Spiil a envoyé une lettre au ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, pour réclamer plus de transparence de la part de leurs confrères. Au ministère, Vincent Peyrègne, conseiller technique chargé de la presse, se dit favorable à la transparence. Mais il y a un bémol : « Nous sommes à la croisée de deux droits qui peuvent être contradictoires, explique-t-il. D’une part, le droit à l’information quant aux attributions des aides publiques ; de l’autre, il s’agit de données sensibles pour les entreprises ». Frédéric Mitterrand ne dit pas autre chose dans sa réponse au Spiil, puisqu’il considère leur « démarche [comme] légitime, fondée sur des intentions louables » mais estime qu’elle peut soulever des difficultés liées au « secret des affaires » et à de « possibles effets contre-productifs pour les publications elles-mêmes ».

Frédéric Mitterrand - © musée national Jean-Jacques Henner

Pour donner l’exemple, certains membres du syndicat ont d’ailleurs révélé combien ils avaient obtenu. En 2009, Rue 89 a reçu 249.000 €, Mediapart a touché 200.000 € et Slate.fr : 199.000 €. Quant à Arrêt sur Images, il a refusé toute aide de l’Etat.

Laurent Mauriac précise néanmoins que « ce ne sont pas des aides qui vont dans le compte en banque. Ce sont des prestataires qui les reçoivent directement pour réaliser nos projets ».

Selon lui, cela n’est pas la meilleure façon de procéder. « Le Spiil milite aussi pour que des projets puissent bénéficier d’aides même s’ils sont développés en interne. Pour l’instant, il faut que cela soit en externe».

Dans le cas de Rue 89, un projet de développement a été déposé : « Il s’agit d’une nouvelle version du site, une refondation complète de la plateforme technique », indique Laurent Mauriac.

« Equité »

Outre le manque de transparence dans la répartition des aides, nombreux sont ceux qui ont critiqué les pure players de les avoir acceptées. « Nous n’étions pas demandeurs de ces aides. Mais à partir du moment où certains sites de médias traditionnels touchaient des aides, on estimait anormal que l’on en soit privé. Ce que nous avons demandé, c’est donc l’équité, rétorque Mauriac. Mais il ne faut surtout pas que les entreprises s’habituent à ces aides comme c’est le cas, malheureusement, pour la presse écrite ».

Bruno DUSAUSSOY et João ALENCAR

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