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L'économie des médias en question

Après deux ans et demi d’existence, le magazine Polka a clôt son exercice 2009 à l’équilibre. Son modèle économique original semble plutôt bien fonctionner. Décryptage d’une entreprise qui sort du lot, avec son fondateur, Alain Genestar.

Un chiffre d’affaire de près d’un million d’euros et un exercice 2009 à l’équilibre après seulement deux ans et demi d’existence, dans le secteur de la presse écrite, le magazine trimestriel Polka fait figure de quasi-exception (voir son site Internet ici). Polka, c’est une affaire de famille et de photo. Lancé en 2008, le magazine de photo reportage est l’oeuvre d’Alain Genestar, ancien directeur de la rédaction du JDD puis de Paris Match, et de ses enfants. C’est pour une photo qu’il avait dû quitter Paris Match, c’est grâce à la photo que le fondateur de Polka peut aujourd’hui se targuer d’avoir inventé un nouveau modèle économique. Cette réussite s’appuie sur un modèle original plurimédia. « Polka est une marque qui se décline en trois médias, explique Alain Genestar. Un magazine, une galerie et un site internet. »

La partie magazine représente la moitié du chiffre d’affaire, soit environ 500 000 euros.

Polka Magazine - Couverture du numéro 8

Les recettes du magazine proviennent à égalité de la publicité et des ventes. L’autre moitié du chiffre d’affaire correspond à la vente des clichés exposés par de nombreux photo-reporters. Dans la galerie Polka (voir les photos du dernier vernissage de la galerie ici), bien sûr, mais aussi dans les hôtels Sofitel américains et européens avec lesquels Polka a passé un accord international l’an dernier. Pendant toute l’année 2010, par exemple, Polka expose sur le thème de la mode dans dix hôtels Sofitel autour du monde.

PolkaLive

Le site internet est « pour l’instant un site compagnon qui ne rapporte rien », indique Alain Genestar. « Mais nous avons le projet de monter un grand site web d’info se fondant principalement sur la photographie. » Ce projet, c’est PolkaLive, en cours de développement. Un dossier a été déposé pour obtenir les subventions à la presse en ligne. « Si ça marche, le site emploiera une douzaine de journalistes ». Coût d’une telle entreprise? « Dans l’idéal, il nous faudrait 400 000 euros, mais avec 200 000 euros, on pourra se débrouiller pour démarrer ».

Rémunérations des photographes

Les photo-reporters, c’est un peu la raison sociale de Polka, créée pour donner de l’espace et de la visibilité à leur travail. « On permet aux photographes d’exposer leur travail en trois dimensions, se félicite ainsi Alain Genestar. « Mais les photographes qui contribuent au magazine ou sont exposés dans la galerie ne sont pas exactement payés trois fois plus… Au tout début de l’aventure Polka, les photo-reporters n’étaient pas rémunérés pour leur contribution au magazine et les produits de leurs ventes en galerie étaient partagés. 50% pour eux, 50% pour Polka. « On s’est rendu compte assez vite que ce n’était pas la bonne solution », avoue le fondateur de Polka. « Cela nous obligeait à exposer systématiquement les photo-reportages publiés dans le magazine, alors même que ceux-ci ne s’y prêtaient pas forcément. » Aujourd’hui, plusieurs systèmes de rémunération des photographes cohabitent. Ceux qui sont uniquement publiés dans le trimestriel sont payés en droits d’auteurs. Pour ceux qui sont à la fois publiés dans le magazine et exposés à la galerie, l’ancien système persiste. « Mais nous garantissons un cachet minimum qui correspond aux droits d’auteurs pour la publication dans le magazine. Cela permet notamment de donner leur chance aux jeunes photographes », argumente Alain Genestar.

« Nous ouvrons notre capital »

Le fonctionnement de Polka, pour l’instant, c’est un peu bonne volonté et bouts de ficelle. Très peu de main d’oeuvre, des salaires modestes et pas de rémunération fixe pour les trois membres de la famille Genestar qui se sont lancés dans l’aventure. « Nous avons mis le capital dans les fondamentaux. Un beau lieu d’exposition et un très beau magazine. » Du coup, pas d’investissement publicitaires ni de campagne d’abonnement, et un modèle qui arrive un peu au maximum de ses possibilités. « Nous ne pourrions pas assurer un deuxième accord comme celui que nous avons avec le groupe Sofitel. Ce serait trop de travail! », confesse Alain Genestar. Il est temps de passer à une autre échelle. « Nous ouvrons notre capital, tout en ayant la volonté de rester majoritaires. On dit à nos futurs investisseurs, voilà ce que nous avons créé, maintenant, développons cela ensemble ». Et des idées de développement, Alain Genestar n’en manque pas. Le fameux site PolkaLive, mais aussi, pourquoi pas un autre rythme de diffusion. « C’est une vrai souffrance de ne sortir que quatre magazine par an, alors pourquoi ne pas changer le rythme de diffusion ou carrément lancer un autre journal! »

Nom de famille

Ca a l’air tellement facile, qu’on ne peut s’empêcher de poser la question. « Mais si on ne s’appelle pas Genestar, on fait comment? » Pas de langue de bois. « C’est compliqué… C’est possible, mais c’est beaucoup plus long. C’est sûr qu’on est parti avec des préjugés favorables ». Et cela, ça n’a pas de prix.

Laurence DESJOYAUX

– Galerie Polka, 12 rue Saint Gilles, Paris 3ème.

– Pour l’exposition en cours, le prix des oeuvres varie, en fonction de la taille et du photographe, de 950 à 10 600 euros.

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