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Numerico

L'économie des médias en question

Joshua Benton est directeur du Nieman Journalism Lab, à l’Université de Harvard. Il a accepté de répondre aux questions de Numerico sur l’avenir du financement du journalisme d’investigation.

Aux Etats-Unis, quelle est la place du mécénat dans le financement des enquêtes journalistiques ?

Les fondations à but non-lucratif sont une source importante de financement. ProPublica,  une organisation qui mène des enquêtes journalistiques, est financée par un couple de millionnaires, les Sandler. Ils donnent dix millions de dollars par an à ProPublica. Il existe d’autres fondations de ce type. Je pense que ce modèle est viable dans une certaine mesure, mais les fondations ne vont pas remplacer la puissance de feu que les journaux avaient dans ce domaine.

Pensez-vous que le mécénat de l’enquête peut entraîner des conflits d’intérêt ?

Ça poserait problème si ce financement se faisait article par article. Mais ce n’est pas le cas. Quand les Sandler donnent 10 millions de dollars par an à ProPublica, ils ne vont pas leur dire de dénicher des informations compromettantes sur telle ou telle personne. Ils leur laissent le champ libre (voir l’enquête de Slate.com sur les Sandler ici). Donc je ne vois pas de problème éthique là-dedans.

La survie du journalisme d’enquête passe par le fait qu’on admette que les gens le financent par intérêt. Aux Etats-Unis, je ne m’inquiète pas trop pour le journalisme politique au niveau national. Les Républicains voudront toujours chercher des informations compromettantes sur les Démocrates, et vice-versa. Il y aura toujours un mécanisme pour que les magouilles sortent au grand jour.

Les enquêtes les plus importantes sont celles qui concernent le gouvernement. S’il voulait renforcer le journalisme d’investigation, l’Etat pourrait faire des lois sur la mise en ligne des documents officiels. Internet permettrait une transparence radicale de l’Etat. Même s’il existe déjà des lois sur la liberté de l’information, ça reste très difficile de se procurer certains documents, surtout au niveau fédéral.

Et que se passe-t-il quand le gouvernement finance la presse ?

Les Etats-Unis sont plus réticents que les pays européens à ce que l’Etat finance la presse. Dans le cas de la radio publique, National Public Radio,  on peut dire que c’est une organisation digne de confiance. Je ne pense pas que ça pose problème qu’ils soient financés par l’Etat (NPR n’est financé qu’à 2% par l’Etat, l’essentiel vient de ses membres et d’autres sources: voir l’article de Wikipédia ici).

Ça peut être un problème quand l’Etat choisit de subventionner certains médias et pas d’autres. Cela peut pousser les journaux à vouloir contenter l’Etat (et à ne pas enquêter sur les questions qui fâchent), comme dans le cas de l’Argentine (lire l’article de Joshua Benton sur les subventions de la presse argentine ici).

Quelles autres sources de financement pourraient être viables ?

Je ne crois pas que les sources seront aussi viables qu’auparavant. Je pense qu’il y aura plus de rédactions mais qu’elles seront plus petites. A Dallas, où j’ai travaillé, il y avait deux chaînes de télé et un gros journal, dans une métropole de trois à cinq millions de personnes. Alors  que maintenant il y a de multiples sites Internet, dont certains se concentrent sur un quartier ou sur un thème en particulier. Parmi eux, une partie seulement est viable financièrement. Les systèmes de financement ne permettent pas d’atteindre l’échelle d’une grande rédaction américaine :

1) Des organisations à but non-lucratif comme the New Haven Independent, le Voice of San Diego , The St. Louis Beacon ou des radios locales.

2) D’autres rédactions sont financées par des organisations politiques, certaines d’entre elles ayant des ressources conséquentes.

3) Certains sites avec de modestes ressources publicitaires, comme le West Seattle Blog. Il n’y a que trois rédacteurs qui se limitent à ce quartier. Du coup, les entreprises du quartier y déversent leur publicité.

Propos recueillis par Nina MONTANE et Martin FOSSATI

A suivre : Enquêter sur Internet (3/3)

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