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L'économie des médias en question

En 2012, le plan d’aide exceptionnel à la presse française issu des Etats Généraux de la Presse en 2008 doit prendre fin. Les médias devront alors faire preuve d’imagination pour sortir de ce système de dépendance vis-à-vis de l’État. Beaucoup regardent du côté des Etats-Unis.

Dans un marché américain qui a perdu 44% de ses revenus  publicitaires ces cinq dernières  années, les espoirs se tournent vers de nouveaux modèles de financement : le mécénat et  les fondations. Pour Bertrand Pecquerie, directeur du World Editors Forum (WEF), les trois fondations américaines suivantes sont des exemples à suivre : ProPublica, Huffington Foundation et Knight Foundation.

Propublica, rédaction américaine financée par la Sandler Foundation

ProPublica est une rédaction américaine indépendante créée en 2007 à New York, financée  par la Sandler Foundation, une organisation à but non lucratif. l’objectif de ProPublica est de mener des enquêtes, notamment sur des sujets sociaux et politiques, puis de les diffuser gratuitement dans les journaux.  En outre, tout le matériel est sous licence Creative Commons, c’est-à-dire gratuit sous certaines conditions de référence et  de respect de l’intégrité des contenus. Ce projet, confié  par la famille Sandler à Paul Steiger, ancien directeur de la rédaction du Wall Street Journal, emploie aujourd’hui 32 journalistes.

« Nous avons à faire face à une situation où les commentaires prolifèrent, mais où les sources d’information sur lesquelles reposent ces opinions diminuent. Le premier phénomène est positif pour la société, mais le second est certainement un problème », explique l’organisation sur son site Internet. ProPublica a déjà reçu plusieurs prix pour ses enquêtes (voir ici).

Cependant, de ce côté de l’Atlantique, notamment en France, deux choses manquent, selon le directeur du WEF : le savoir-faire en matière de collecte de fonds (fundraising) et avoir une culture de start-up. Surtout, Bertrand Pecquerie estime que ceux qu’on appelle les  pure players devraient recourir au système de financement d’enquêtes par des fondations, soutenues par des groupes industriels tels que Bolloré ou LVMH, selon lui.

Une idée qui n’est pas partagée par tout le monde. « La presse française ne peut être ad vitam la danseuse d’un groupe industriel », affirme en effet Martine Esquirou, ex-présidente du groupe de travail Médias de l’Institut Montaigne. Ainsi, le groupe Bolloré (Direct 8, Direct Matin Plus, Direct Soir), Serge Dassault (propriétaire du Figaro et sénateur UMP de l’Essonne) et Bernard Arnault (LVMH – Groupe Les Echos),  n’ont pas, selon elle, le profil de mécènes désintéressés (voir ici l’article du Journal du Net sur les liens entre Sarkozy et les patrons, et ici l’enquête du Point sur les amitiés de Bolloré).

Fiscalité avantageuse

Trouver des fonds sans se lier à un seul groupe industriel : telle est l’idée défendue par Martine Esquirou. Autrement dit, une fondation lancée par un groupe de presse et financée par une diversité d’investisseurs est à ses yeux une bonne chose. Tandis qu’une fondation de presse créée par un groupe industriel dans le but de servir ses intérêts n’est pas la voie à suivre.

Le modèle de la fondation présente l’avantage pour les investisseurs de bénéficier de dégrèvements fiscaux. Il existe un dispositif de réduction d’impôt pour les sociétés qui investissent dans des groupes de presse, correspondant à 25 % du montant des versements, comme le rappelle dans son rapport sur les médias (voir ici) le député Patrice Martin-Lalande.

Les particuliers aussi peuvent profiter de ce système, par le biais de dons à une fondation, qui a dès lors la possibilité d’investir au capital de journaux.

Au lieu de faire appel à la générosité de leurs lecteurs de manière ponctuelle, Le Monde ou Marianne devraient le faire via une fondation, estime Martine Esquirou. Ce qui permettrait à ces titres d’avoir des actionnaires intéressés à leur développement.

Si, comme prévu, les aides exceptionnelles de l’Etat ne sont pas renouvelées en 2012, le système de fondation sera alors considéré avec envie. Mais, à l’avenir, même s’il était généralisé, il ne sera pas suffisant car trop dépendant de la conjoncture économique.

Hyperlocal

Par ailleurs, Bertrand Pecquerie recommande un changement de stratégie pour attirer les lecteurs : « Ce qu’il faut faire, c’est de l’hyper-local ». Plutôt que chercher à atteindre des catégories sociales déterminées (étudiants, CSP+, etc.) via des éditions couvrant de larges aires géographiques, comme c’est le cas en Europe de l’Ouest, les journaux devraient selon lui segmenter leur offre. Ils répondraient ainsi au plus près des attentes de leur lectorat.

En République Tchèque, Nase Adresa (« Notre Adresse ») s’appuie sur  un réseau d’hebdomadaires locaux en relation avec des sites d’information locaux, qui s’adressent à des bassins de population de moins de 30 000 personnes.

D’après un article publié sur le site Médiapart (ici), en décembre 2009, le projet s’articule autour de trois éléments : les éditions de l’hebdomadaire, différentes pour chaque zone, un centre de formation permanent, basé à Prague, et les « cafés presse » (« News Cafés »). Ces cafés seraient des lieux d’expression pour les lecteurs et les « journalistes citoyens ».

João ALENCAR et Bruno DUSAUSSOY

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