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Numerico

L'économie des médias en question

Tag Archives: Audience

Joshua Benton est directeur du Nieman Journalism Lab, à l’Université de Harvard. Il a accepté de répondre aux questions de Numerico sur le coût du journalisme d’investigation et son avenir.   

Pensez-vous que le journalisme d’investigation peut-être financé par des « pures players » de l’information ?

Le « pure player »  Talking Points Memo (ici) mène des enquêtes et se finance entièrement grâce à la publicité. Leurs investigations portent sur des sujets d’actualité qu’ils ont couvert. Ils publient de petit morceaux de leurs histoires au fur et à mesure qu’ils enquêtent. Par conséquent, les internautes les aident dans leurs recherches. Ce modèle ne nécessite pas un investissement initial important : à chaque article, il font le pari que le sujet pourrait grossir. Slate.com fait du journalisme d’investigation (voir le site ici), à petite échelle (voir la déclinaison française du site ici). Comme beaucoup de pure players, de temps en temps, il y a de petits scoops sur leur site. Personnellement je m’intéresse plus aux petits scoops sur ce type de sites qu’aux grands scandales, comme celui de l’hôpital Walter Reed (voir l’enquête du Washington Post ici). Si je dois choisir entre  cette enquête et mille petites histoires, je préfère les mille petits scoops. Les grands projets d’investigation, qui durent une année, font beaucoup de bruit, mais ils ne sont pas très nombreux.   

Avec des expériences du type de Talking Points Memo (TPM), pensez-vous que le rythme du journalisme d’enquête est en train de changer ?

La nouvelle génération de reporters reconnait qu’elle ne sait pas tout : ils n’attendent pas que l’enquête soit finie pour la publier. TPM a gagné le Prix George Polk (ici) grâce à une enquête sur le procureur général (US Attorney) des Etats-Unis, scandale qui l’a poussé à démissionner (voir la chronologie de TPM ici et le post de Netlex focus sur le sujet ici). Si le New York Times avait fait cette enquête, il aurait publié un long article sur le sujet. Sur TPM, il y avait 500 ou 1000 petits posts qui racontaient l’histoire, mis bout à bout. C’est une force, parce que les lecteurs peuvent vous aider dans l’enquête. Mais c’est aussi une faiblesse : si un lecteur arrive en cours d’investigation, il ne trouve pas l’information rassemblée à un endroit.  Je pense qu’on se dirige vers un mélange des deux modèles, une prise en compte des éléments nouveaux, mais aussi un endroit où l’essentiel du sujet est raconté.  

Spot.us

Que pensez-vous des expériences comme Spot.us?

Je suis content que ça existe et je pense qu’il y aura de nouvelles expériences dans ce domaine.  Mais ce n’est pas la solution. Avec Spot.us, le journaliste propose un sujet d’enquête, et les internautes décident s’ils veulent le financer. Du coup, les sujets qu’ils couvrent sont un peu prévisibles. Les enquêtes les plus importantes sont celles où vous ne connaissez pas l’histoire avant qu’elles sortent.  

Pensez-vous que la jeune génération – celle qu’on appelle la génération Y – est aussi intéressée par l’enquête que les précédentes?

Il ne faut pas surestimer l’intérêt des anciennes générations pour l’enquête. C’est facile de croire (à tort!) que, parce que des centaines de milliers de personnes se font livrer le journal chaque jour, elles se passionnent pour votre obscur papier d’enquête. La plupart s’en fichent, ils veulent juste lire les résultats des matchs,  les BD et les chroniques cinéma…Au contraire, aux Etats-Unis, les jeunes s’impliquent plus en politique que les anciennes générations. Ils se sont beaucoup engagés dans l’élection présidentielle avec Obama, sur des questions d’environnement et de justice. La génération Y lit moins d’enquêtes que ses prédécesseurs, mais c’est parce qu’il y a plus de choix. La plupart des médias n’atteignent plus le niveau d’audience qu’ils atteignaient auparavant, sauf le Superbowl!  

Y a-t-il un public spécifique à l’enquête?

Le public de l’enquête est un peu différent de celui des journaux traditionnels ou des programmes télévisés. Dans beaucoup de cas, ce n’est donc pas l’audience qui compte. Quand j’écrivais sur les politiques d’éducation au Texas (voir ici), je savais que certains de mes papiers n’intéresseraient pas mes lecteurs. Mais ils passionneraient 15 politiciens et bureaucrates qui avaient de l’influence et qui pouvaient y changer quelque chose. C’est pour ça que l’enquête se fait sur de petits sites qui ne concernent qu’un faible nombre de personnes. Ils ne visent pas un public aussi large qu’un grand journal. Un papier peut être efficace même s’il ne touche pas 1 million de personnes. 

Propos recueillis par Martin FOSSATI et Nina MONTANÉ     

Retrouvez les parties précédentes de l’interview de Joshua Benton:

Financer l’enquête dans les médias traditionnels (1/3)  

Sources innovantes de financement du journalisme d’investigation (2/3)

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Le petit dernier du couple Médiamétrie Nielsen, c’est la mesure de l’audience de la « catch-up » radio (voir l’étude médiamétrie)ou écoute de rattrapage, publiée depuis décembre. Par rattrapage, il faut entendre toutes les émissions écoutées en différé grâce à Internet. Parmi ces modes d’écoutes, les podcasts ont leur propre classement. Et les sacro-saints résultats mensuels d’audience des stations françaises s’en retrouvent sens dessus-dessous. Bilan d’un nouveau hit-parade.

France Inter - Europe 1 - RTL - France Culture

France Inter contre Europe 1

Et ce sont Europe1 et France Inter qui se tirent la bourre depuis les premiers résultats, avec une avance pour France Inter sur les résultats de novembre et de janvier. Avec respectivement 4,3 millions et 4,5 millions de téléchargements en janvier, ce groupe de tête a très largement creusé l’écart par rapport aux autres stations. C’est France Culture qui arrive en 3ème position avec moitié moins d’audience (2,3 millions). Si les chiffres semblent négligeables face aux millions d’auditeurs quotidiens, le défi est pris au sérieux par les directions des stations françaises, au point qu’Europe1,  « en pleine progression », ne veut pas communiquer les chiffres de téléchargement de ses émissions. La progression des téléchargements est d’ailleurs fulgurante car en décembre, Europe 1 arrivait en tête avec seulement 3,7 millions de téléchargements mensuels contre 3,5 millions pour France Inter. Les communiqués de janvier (résultats de décembre) et de décembre (résultats de novembre) ne sont plus en ligne. La chaîne publique a donc gagné un million de téléchargements en un mois. Sur France Inter, c’est « 2000 ans d’histoire », de Patrick Gélinet, qui arrive en tête, avec  900 000 téléchargements mensuels. C’est donc l’émission préférée des podcasteurs, suivie des chroniques matinales des humoristes Stéphane Guillon (500 000) et de Didier Porte (300 000).

RTL est dans les choux

La première radio de France en termes d’audiences hertziennes n’a pas su prendre le virage de la radio en différé, et ce bien que son site soit, avec 2,31 millions de visiteurs uniques par mois, le site de radio le plus visité. Elle tombe à la quatrième position avec un peu plus de 2 millions de téléchargements mensuels, conquis grâce aux chroniques et émissions phares de la chaîne : Laurent Gerra en tête, avec 600 000 téléchargements par mois (il rassemble 2 millions d’auditeurs quotidiens), suivi des grosses têtes (500 000). Le divertissement tient une place de choix donc, juste devant la politique, avec « Le fait politique » d’Alain Duhamel, et l’interview quotidienne de Jean-Michel Apathie. Pour Maxime Petitjean, responsable du service Web à RTL, si sa station s’est laissée très largement dépasser sur le front du téléchargement, c’est parce que ses programmes ne s’y prêtent pas et que comparativement, elle propose moins d’émissions à podcaster.

Radio France et la nuée de podcasts

La stratégie de Radio France et un probable élément de son succès, c’est la très grande offre de téléchargements proposés. Les deux stations phares du groupe en termes d’audience en différé, France Inter et France Culture, offrent chacune presque une centaine de programmes quand RTL n’en a qu’une vingtaine. A titre d’exemple, le 6h30-10h de Nicolas Demorand sur France Inter peut être téléchargé en intégralité, mais il est aussi sectionné en plusieurs podcasts de courte durée. Ainsi ce sont presque 20 podcasts qui sont proposés pour 3h30 d’antenne, parmi lesquels deux des plus téléchargés de la station : les chroniques « L’humeur de Stéphane Guillon » et « L’humeur de Didier Porte », diffusées à 7h53 dans la matinale, avec respectivement 560 000 et 370 000 téléchargements.

On rattrape sa culture

La recette Radio France, c’est aussi la culture, qui connaît un succès étonnant en termes de téléchargements. Le programme le plus téléchargé de France revient ainsi à France Inter, grâce aux 900.000 téléchargements mensuels de « 2000 ans d’histoire ». Un programme pédagogique, consacré à l’histoire, est donc plébiscité par l’audience. Pour Anne Brunel, directrice adjointe du pôle multimédia à Radio France, ça n’est pas une surprise. Elle rappelle qu’avant même les podcasts, des associations d’auditeurs s’étaient formées pour partager des cassettes de programmes diffusés sur les antennes de Radio France. Les émissions de radio peuvent devenir des objets de collection et les émissions culturelles s’y prêtent particulièrement. Ce phénomène explique selon elle le succès des programmes de France Culture tels que « La Nouvelle Fabrique de l’Histoire » d’Emmanuel Laurentin (148 000), Les « Nouveaux chemins de la connaissance », émission de vulgarisation de la philosophie de Raphaël Enthoven (313 000) ou « Du grain à moudre » (105 000). Ces programmes ne sont pas tributaires de l’actualité et deviennent donc l’objet de collections à caractère encyclopédique. « On peut imaginer que des étudiants de Terminale révisent l’épreuve de philo au bac en réécoutant leurs podcasts des Nouveaux chemins de la connaissance de Raphaël Enthoven ». La culture est en très bonne place dans les classements par genre des émissions podcastées : elle rafle la deuxième place avec plus de 4 millions d’émissions téléchargées, derrière le divertissement (6 millions de téléchargement).

Le petit artisanat de la mise en ligne

L’efficacité du groupe Radio France s’explique sans doute aussi par la facilité de mise en ligne de leurs émissions. Contrairement aux stations privées, ses émissions ne sont pas interrompues par des pages de publicité. Une étape de moins pour les techniciens chargés d’envoyer les contenus au téléchargement. Pour les autres stations, il faut, avant de les mettre en ligne extraire la publicité des émissions. Pas d’autre solution que de le faire manuellement, il n’existe pas encore de système automatisé. Les programmes courts sont mis en ligne rapidement (une dizaine de minutes pour la chronique de Laurent Gerra sur RTL), mais pour les programmes longs, il faut s’armer de patience : jusqu’à une demi-heure pour un programme comme « On refait le monde » sur RTL, qui dure environ 3 quarts d’heure et qui est entrelardé de pages de publicité.

On ne gagne pas d’argent en podcastant

L’usage du podcast s’est imposé en France et les stations de radio peuvent difficilement éviter de proposer leurs programmes en audience différée… même si pour l’instant, ils coûtent beaucoup plus qu’ils ne rapportent, en travail humain comme en bande passante. La nouvelle mesure lancée par Médiamétrie et Nielsen encouragera peut-être les annonceurs à s’engager sur ce nouveau support, même si les audiences semblent négligeables par rapport aux audiences hertziennes. Eric Connehaye, de RMC (5ème station la plus podcastée) explique qu’une émission débarrassée de ses publicités peut être revendue à un autre annonceur pour sa mise en ligne en podcast. La station américaine publique NPR a généralisé cette pratique en faisant parrainer ses émissions en podcasts. Quelques secondes sont consacrées à l’annonceur avant le début du programme. Si sur RTL cette méthode a été ponctuellement utilisée, elle est loin de s’être généralisée en France. Pour l’instant, le podcast coûte cher aux stations.

Marine LOYEN

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