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L'économie des médias en question

Tag Archives: Internet

Depuis deux ans maintenant, la jeune boite de production spécialisée dans la création Web, Honkytonk[i], planche sur un logiciel de montage d’un genre nouveau : Klynt. Le but pour les auteurs? Ouvrir ce logiciel aux non-initiés afin que les barrières techniques ne soient plus un frein à la création. Pour nous, Arnaud Dressen, cofondateur d’Honkytonk, revient sur un projet ambitieux.

« Vers fin avril ou début mai, nous allons mettre en place une phase de test de notre produit : nous allons permettre à différents professionnels de s’approprier Klynt », annonce Arnaud Dressen, cofondateur d’Honkytonk (voir le site Internet ici). Et cette ouverture, c’est une grande première. Jusqu’alors, Klynt, logiciel de montage non-linéaire, était uniquement utilisé en interne. Constamment amélioré et mis à jour à chaque nouvelle production, Klynt est devenu, en deux ans, un outil indispensable à la création made in Honkytonk.

Arnaud Dressen, cofondateur d’Honkytonk, parle de Klynt, son logiciel de montage non-linéaire, et de son dernier web-documentaire, iROCK.

 

« Sans Klynt, il aurait été économiquement impossible de mener à bien Le Challenge », le dernier web-documentaire diffusé sur le site Internet de Canal+ (voir ici). Car, selon Arnaud Dressen, le logiciel permet « de diviser par trois les coûts du développement Web de chaque création, coûts qui représentent, en général, 30 à 40% du budget global ». Avec son interface de montage unique permettant de gérer et d’allier facilement photos, vidéos, sons et textes, Klynt fait gagner du temps aux concepteurs de web-documentaires, autant qu’il leur fait économiser de l’argent, puisque les développeurs professionnels ne sont plus nécessaires à chaque étape du montage. « Pour Le Challenge par exemple, c’est le monteur de Laëtitia Moreau [la réalisatrice] qui s’est approprié le logiciel après avoir reçu quelques uns de nos conseils », argue Arnaud Dressen.

Si l’équipe d’Honkytonk décide enfin de faire connaître son produit à différentes personnes intéressées (jeunes journalistes ou photographes, journalistes confirmés, réalisateurs, producteurs, artistes ou encore responsables de formation), c’est qu’elle pense sérieusement à se doter d’une stratégie de distribution. Cette enquête qualitative va donc leur permettre de recueillir les différents besoins des différents métiers. « Pour l’instant, on a reçu environ 100 candidatures de personnes qui veulent tester notre produit. On ne prendra que 10 personnes pour commencer et on aura envie d’élargir si tout se passe bien ensuite. Chaque personne sera encadré pendant quelques heures pour lui expliquer le fonctionnement du logiciel et ensuite elle sera libre de l’utiliser pendant 3-4 semaines », décrit le jeune producteur.

Libre à Honkytonk, ensuite, de prendre en compte les avis de ces différents testeurs et d’apporter les modifications nécessaires à Klynt. Avant, bien sûr, de commercialiser leur produit phare. « Nous ne visons pas le grand public. Nous visons les professionnels qui ne sont pas des développeurs Web de métier. Klynt est destiné aux journalistes, réalisateurs et producteurs », argumente Arnaud Dressen, pour qui la démocratisation de la création sur Internet est déjà une réalité. L’objectif est donc de livrer aux journalistes, réalisateurs, producteurs et artistes un outil qui leur facilite le travail de création : « on gagnera en créativité puisque les professionnels qui voudront créer un produit Web ne seront plus freinés par la technicité », explicite le jeune producteur. 

Klynt est un logiciel facile d’utilisation mais c’est un logiciel qui reste professionnel, à l’instar de Final Cut Pro ou Photoshop. « Si un jour on le propose à la commercialisation, son prix ne sera pas modique. Son coût sera de l’ordre des autres logiciels professionnels », prévoit Arnaud Dressen. Pour le cofondateur d’Honkytonk, ne viser que les professionnels répond à la philosophie de l’entreprise : « Nous voulons que notre logiciel serve des projets qualitatifs. Nous ne sommes pas une société éditrice de logiciels, nous sommes une société de production. On s’intéresse donc de près à ce que les professionnels produiront avec Klynt ». Au risque d’être tenté de brider leur créativité ?

Yoan HENTGEN

 

  • Les productions d’Honkytonk réalisé avec les différentes versions de Klynt : 

– Novembre 2009 : L’obésité est-elle une fatalité ? (ici)

– Février 2010 : Le Challenge (ici)

– Prochainement : iROCK (voir la présentation ici), un web-documentaire qui vous plonge dans les coulisses des Eurockéennes de Belfort de juillet dernier.

  • Si vous voulez vous tenir au courant de l’actualité de Klynt, il vous faut remplir le formulaire disponible ici.

[i] Honkytonk est une société de production qui emploie 4 personnes à temps plein. Mais 15 à 20 personnes gravitent constamment autour des différents projets que la société gère en même temps.

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Joshua Benton est directeur du Nieman Journalism Lab, à l’Université de Harvard. Il a accepté de répondre aux questions de Numerico sur le coût du journalisme d’investigation et son avenir.   

Pensez-vous que le journalisme d’investigation peut-être financé par des « pures players » de l’information ?

Le « pure player »  Talking Points Memo (ici) mène des enquêtes et se finance entièrement grâce à la publicité. Leurs investigations portent sur des sujets d’actualité qu’ils ont couvert. Ils publient de petit morceaux de leurs histoires au fur et à mesure qu’ils enquêtent. Par conséquent, les internautes les aident dans leurs recherches. Ce modèle ne nécessite pas un investissement initial important : à chaque article, il font le pari que le sujet pourrait grossir. Slate.com fait du journalisme d’investigation (voir le site ici), à petite échelle (voir la déclinaison française du site ici). Comme beaucoup de pure players, de temps en temps, il y a de petits scoops sur leur site. Personnellement je m’intéresse plus aux petits scoops sur ce type de sites qu’aux grands scandales, comme celui de l’hôpital Walter Reed (voir l’enquête du Washington Post ici). Si je dois choisir entre  cette enquête et mille petites histoires, je préfère les mille petits scoops. Les grands projets d’investigation, qui durent une année, font beaucoup de bruit, mais ils ne sont pas très nombreux.   

Avec des expériences du type de Talking Points Memo (TPM), pensez-vous que le rythme du journalisme d’enquête est en train de changer ?

La nouvelle génération de reporters reconnait qu’elle ne sait pas tout : ils n’attendent pas que l’enquête soit finie pour la publier. TPM a gagné le Prix George Polk (ici) grâce à une enquête sur le procureur général (US Attorney) des Etats-Unis, scandale qui l’a poussé à démissionner (voir la chronologie de TPM ici et le post de Netlex focus sur le sujet ici). Si le New York Times avait fait cette enquête, il aurait publié un long article sur le sujet. Sur TPM, il y avait 500 ou 1000 petits posts qui racontaient l’histoire, mis bout à bout. C’est une force, parce que les lecteurs peuvent vous aider dans l’enquête. Mais c’est aussi une faiblesse : si un lecteur arrive en cours d’investigation, il ne trouve pas l’information rassemblée à un endroit.  Je pense qu’on se dirige vers un mélange des deux modèles, une prise en compte des éléments nouveaux, mais aussi un endroit où l’essentiel du sujet est raconté.  

Spot.us

Que pensez-vous des expériences comme Spot.us?

Je suis content que ça existe et je pense qu’il y aura de nouvelles expériences dans ce domaine.  Mais ce n’est pas la solution. Avec Spot.us, le journaliste propose un sujet d’enquête, et les internautes décident s’ils veulent le financer. Du coup, les sujets qu’ils couvrent sont un peu prévisibles. Les enquêtes les plus importantes sont celles où vous ne connaissez pas l’histoire avant qu’elles sortent.  

Pensez-vous que la jeune génération – celle qu’on appelle la génération Y – est aussi intéressée par l’enquête que les précédentes?

Il ne faut pas surestimer l’intérêt des anciennes générations pour l’enquête. C’est facile de croire (à tort!) que, parce que des centaines de milliers de personnes se font livrer le journal chaque jour, elles se passionnent pour votre obscur papier d’enquête. La plupart s’en fichent, ils veulent juste lire les résultats des matchs,  les BD et les chroniques cinéma…Au contraire, aux Etats-Unis, les jeunes s’impliquent plus en politique que les anciennes générations. Ils se sont beaucoup engagés dans l’élection présidentielle avec Obama, sur des questions d’environnement et de justice. La génération Y lit moins d’enquêtes que ses prédécesseurs, mais c’est parce qu’il y a plus de choix. La plupart des médias n’atteignent plus le niveau d’audience qu’ils atteignaient auparavant, sauf le Superbowl!  

Y a-t-il un public spécifique à l’enquête?

Le public de l’enquête est un peu différent de celui des journaux traditionnels ou des programmes télévisés. Dans beaucoup de cas, ce n’est donc pas l’audience qui compte. Quand j’écrivais sur les politiques d’éducation au Texas (voir ici), je savais que certains de mes papiers n’intéresseraient pas mes lecteurs. Mais ils passionneraient 15 politiciens et bureaucrates qui avaient de l’influence et qui pouvaient y changer quelque chose. C’est pour ça que l’enquête se fait sur de petits sites qui ne concernent qu’un faible nombre de personnes. Ils ne visent pas un public aussi large qu’un grand journal. Un papier peut être efficace même s’il ne touche pas 1 million de personnes. 

Propos recueillis par Martin FOSSATI et Nina MONTANÉ     

Retrouvez les parties précédentes de l’interview de Joshua Benton:

Financer l’enquête dans les médias traditionnels (1/3)  

Sources innovantes de financement du journalisme d’investigation (2/3)

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Joshua Benton est directeur du Nieman Journalism Lab, à l’Université de Harvard. Il a accepté de répondre aux questions de Numerico sur le coût du journalisme d’investigation et son avenir.

Croyez-vous que le journalisme d’investigation est mort ?

Sous sa forme traditionnelle, le journalisme d’investigation coûte cher. Il exige des journalistes qui enquêtent à temps plein, généralement chevronnés, bien payés et qui ne produisent pas autant de contenu que les autres. Aux Etats-Unis ce modèle marchait bien : les journaux gagnaient tellement d’argent qu’ils pouvaient se permettre d’ avoir une équipe de journalistes d’investigation, comme au New York Times et dans certains journaux régionaux comme le Dallas Morning News.

Cette situation a changé à cause de la crise économique. Les journaux vont moins bien, donc le nombre d’enquêtes est en chute libre. Mais il y a un certain nombre de facteurs qui montrent que le journalisme d’investigation est tout simplement en train d’évoluer :

1) L’émergence d’Internet a fortement diminué le coût d’une enquête journalistique. Elle permet d’accéder facilement à des experts, aux données et à des documents difficiles à se procurer auparavant.

2) Beaucoup de gens qui ne sont pas journalistes d’investigation peuvent faire un travail similaire sur une plus petite échelle. Ils peuvent poser des questions, aller fouiller dans une affaire, découvrir des choses, poster un article sur un blog, etc.

3) De nombreuses start-up dans le journalisme mènent de bonnes enquêtes. Ce sont de petites rédactions, peu coûteuses, qui ne paient pas de gros salaires, mais capables d’utiliser Internet pour faire des reportages d’investigation de manière innovante.

Quels sont les principaux frais impliqués dans une enquête traditionnelle?

Cela dépend de chaque investigation, mais la principale dépense est le salaire des personnes qui travaillent dans l’enquête : les journalistes, les éditeurs, les photographes, les graphistes, etc. Ensuite, dans les grandes investigations, les journaux américains prévoient un budget spécial pour les avocats, une somme inférieure aux salaires des journalistes. Dans certains cas, les dépenses légales peuvent devenir le coût numéro un. Après, il y a d’autres frais liés à l’enquête : la documentation qu’il faut acheter auprès des gouvernements, les frais de voyages, etc.

Combien coûte un grand projet d’investigation journalistique aux Etats-Unis ?

Pour un très gros projet, par exemple l’enquête du Boston Globe sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (voir ici), je pense que le coût de l’investigation se situe dans les millions de dollars. Une douzaine de personnes ont travaillé dessus : cinq ou six journalistes, plusieurs éditeurs et quelques photographes. Le Boston Globe a consacré cinq ans à cette investigation. Je soupçonne que dans cette affaire les honoraires des avocats ont coûté plus cher que l’enquête. Mais d’autres investigations ont des coûts plus restreints. J’ai écrit pour le Dallas Morning News sur le scandale de tricheries aux examens dans des écoles primaires du Texas (voir ici) : ça n’avait pas coûté très cher, peut-être 5 000 dollars en frais, en plus de mon salaire, sur une période de trois ans (lire aussi ici et ici).

Combien ça coûte d’écrire un Pulitzer, à votre avis?

Ça dépend énormément : il y a tellement de façons différentes de gagner un prix journalistique. Ça peut ne presque rien coûter. Dans le cas d’une photo, ça peut vous coûter la paie d’un photographe pour une heure de travail. D’un autre côté, quand  la rédaction du New York Times reçoit un Pulitzer pour la couverture de la guerre en Irak (voir ici), ça coûte 3 millions de dollars, plus le salaire des journalistes à Washington et ailleurs*. Il n’y a pas une façon d’évaluer ça, mais je dirais que la plupart des prix Pulitzer sont l’œuvre de plusieurs personnes qui travaillent pendant, au minimum des semaines, mais souvent des mois sur leur projet. Le coût est alors de l’ordre de la centaine de milliers de dollars, voire plus. Mais il y a de plus petits projets qui reçoivent de tels prix, comme le Pulitzer du portrait (ici), qui prend seulement une semaine ou deux avec un journaliste pour l’écrire.

Propos recueillis par Martin FOSSATI et Nina MONTANE

*Le bureau de Bagdad du New York Times lui coûte 3 millions de dollars par an. Et celui du Washington Post, un million de dollars par an. C’est le chiffre qu’ils estimaient, en incluant les salaires des journalistes. Lire l’article du Nieman Lab sur ce sujet ici.

A suivre : Sources innovantes de financement de l’enquête (2/3)

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Ils ont explosé en 2009 et les projets seront encore plus ambitieux en 2010, il s’agit des web-documentaires. Alors, mettez-vous à la page et regardez certaines des créations qui  auraient échappé à votre curiosité lors de leur publication sur la Toile… Vous avez l’embarras du choix :

Le Challenge
Magnifique web-documentaire qui dénonce les abus environnementaux des compagnies pétrolières en Equateur.
Production : Honkytonk
Diffusion : Canal+

Le Corps incarcéré

Consacré au rapport que les prisonniers entretiennent avec leur corps en milieu carcéral. Un web-documentaire aussi beau esthétiquement que fort humainement.
Production et diffusion : Le Monde

Histoire d’œufs

La comparaison entre le parcours d’un œuf destiné aux supermarchés et d’un œuf destiné aux restaurants chics.
Production : Le Monde

Voyage au bout du charbon

Un voyage dans les provinces reculées chinoises où l’économie et les hommes tournent autour des mines de charbon.
Production : Honkytonk
Diffusion : Le Monde

L’obésité est-elle une fatalité ?

Vous menez vous-même une enquête magnifique sur un problème de santé grandissant. Très complet et frappant.
Production : Honkytonk.

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La Cité des Mortes

Enquête au Mexique, dans la ville de Ciudad Juarez, où depuis 1993 400 femmes ont été assassinées et 5 000 ont disparu. Narration originale où l’internaute change la fréquence d’une radio pour connaître les différents angles de l’enquête.
Production et diffusion : Upian

Thanatorama

Prenez la place d’un mort et découvrez l’envers du décor du monde funéraire.
Production et diffusion : Upian

Gaza/Sderot

Le quotidien des habitants de deux villes, l’une palestinienne, l’autre israélienne, situées de part et d’autre du mur qui sépare Israël de la bande de Gaza.
Production : Upian, Bo Travail !
Diffusion : Arte

Havana/Miami

Havana-miami.arte.tv, à retrouver sur www.arte.tv
Fin février, Arte proposera Havana-Miami. Il s’agit du portrait de douze garçons et filles, vivant à La Havane ou ayant gagné la Floride.

Prison Valley

Plongeon dans le monde carcéral américain, quelque part dans le Colorado. A visionner prochainement.
Production : Upian
Diffusion : Arte

The Afghan Diaries

Le quotidien difficile de soldats danois envoyés en Afghanistan.

The Iron Curtain Diaries : 1989-2009

17 étapes le long de l’ancien mur de Berlin. Une vision de l’Europe unifiée mais qui reste déséquilibrée.

Mediastorm
Ce site propose d’excellents web-documentaires sur des sujets forts, durs… Un travail journalistique d’une qualité rare.

Portraits d’un Nouveau Monde
Cette série, qui sera publiée progressivement tout au long de l’année, est consacrée aux grands enjeux du XXIème siècle. 24 films, divisés en 6 thématiques (urbanisation, émigration, environnement…), tentent de brosser un portrait le plus complet possible du monde en marche.

Etudes et thune

Les étudiants du Centre de Formation des Journalistes explorent les différents aspects de la vie étudiante (logement, travail, santé…), sous l’angle de l’argent. Intéressant et vivant.

Adoma vers la maison

Un web-documentaire de Thierry Caron en forme de déambulation dans un foyer Sonacotra, au milieu des gens qui y vivent.

A la conquête de la Lune

Découverte des différentes périodes marquantes des relations entre les hommes et la Lune.
Production et diffusion : France 24/RFI

Yoan HENTGEN

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Gratuité de l’information en ligne, chute des revenus des médias traditionnels, business model introuvable sur Internet… les ressources des médias, tous supports confondus, tendent à se réduire. Le journalisme de qualité est confronté à un important défi, celui de la réduction du budget des rédactions. Les entreprises traditionnelles de presse réduisent leurs dépenses et suppriment des postes. Les sites d’information sur Internet, qui pourraient prendre le relais, ont du mal à trouver un modèle économique qui leur permet de financer des enquêtes de longue durée ou des couvertures à l’international.

Dans ce contexte de crise et de transformation, Numerico a voulu disséquer les composantes économiques d’un travail d’investigation ou du traitement d’un évènement international, en profondeur et sur une longue durée. Combien coûte à un quotidien comme Le Monde ou Le Figaro, une année de couverture de la guerre en Afghanistan ? Combien coûte une enquête, comme celle sur Gaston Flosse, réalisée par Gérard Davet pour le Monde Magazine ?

La reconstruction des coûts et la recherche des chiffres n’a pas été facile. Pas à cause du refus de collaborer des médias, mais parce que la collecte de ce type d’information est un travail de fourmi. Certaines dépenses se sont révélées complexes à calculer,  même pour les journalistes qui ont mené les enquêtes, ou qui sont parti à l’étranger en tant qu’envoyés spéciaux. Voyage dans les notes de frais et les fiches de paie du journalisme « de qualité ».

Martin FOSSATI et Nina MONTANE

– 1ère enquête : Couverture  des élections présidentielles afghanes, le comparatif des coûts au Monde et au Figaro. Qu’est-ce qui coûte cher dans la couverture d’un sujet à l’étranger? Entre les deux quotidiens, qui dépense le plus? (vendredi 12 mars)

– 2ème enquête : Le prix d’une enquête sur Gaston Flosse en Polynésie française par Le Monde Magazine (vendredi 19 mars) (voir ici)

A venir:

– 3ème enquête : L’enquête sur Gaston Flosse, version Mediapart. Le pure player dépense-t-il autant que le journal papier pour son investigation? Comment la finance-t-il?  (vendredi 26 mars)

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Rares sont les sites d’information qui parviennent à se financer grâce à la publicité en ligne. Il faut dire que les espaces publicitaires disponibles sur internet sont nombreux et que les annonceurs ne se servent pas encore de ce support comme un vecteur majeur de la construction de leur image de marque.


La crise, comme ailleurs, est passée par là. « Les annonceurs coupent en priorité les budgets pour la télévision car le ticket d’entrée est trop élevé », explique Mathieu de Lesseux, président de l’agence Duke, au Journal du Net. «  Entre les honoraires d’agence, la réalisation, l’achat d’espace, il faut bien compter deux à trois millions d’euros avant de savoir si la campagne fonctionne. Alors que sur le Web, on vérifie avant ». Internet se prête donc plutôt bien à la publicité par temps de crise. Le média coûte moins cher et les résultats sont calculables au centime près. Bref, il représente une ressource appréciable pour les départements marketing qui ont vu fondre leur budget et doivent rendre des comptes à leur entreprise. Du coup, le marché de la communication online a augmenté de 6% en 2009 (télécharger la version PDF de l’étude) pour atteindre 2,11 milliards d’euros. Les investissements dans la publicité en ligne ont augmenté de 8,2% en 2009 alors même que la croissance des investissements pour l’ensemble du marché ne s’élève qu’à 1,4%.Pourtant, Internet n’est encore que le troisième support publicitaire, loin derrière la télévision ou le papier (Kantar Média 2009). Alors que les trois quart des Français sont désormais en contact quotidien avec le média internet (Médiamétrie 4 mars 2010), les annonceurs n’ont pas encore totalement pris le virage digital. Ainsi, l’investissement publicitaire sur le Net s’élève à 3 959 millions d’euros pour 2009, largement dépassé par les investissement sur le support TV (7 585 millions d’euros) ou papier (7 150 millions d’euros). Même si ces chiffres sont à prendre avec précaution, ils restent significatifs du fait que les annonceurs n’ont pas encore pleinement intégré le Net dans leur mix média.

Développer l’image des marques sur Internet.

Premier et principal enjeu pour les éditeurs de sites internet et pour les agences de publicité: faire passer l’idée qu’Internet est un endroit propice au branding, c’est-à-dire au développement d’une image de marque long-terme. Pour l’instant, les résultats sont plus que mitigées. Faute à la crise, encore. Selon une étude Capgémini-SRI (télécharger la version PDF de l’étude), elle a eu deux conséquences: « la diminution des lancements de produits ou de campagnes d’images sur internet et le besoin pour les annonceurs de relier systématiquement leur action de communication sur le web au business et aux ventes ». De faitau premier semestre 2009, la croissance du marché de la pub en ligne a été tirée par les liens sponsorisés, les annuaires en ligne où les comparateurs de prix, outils qui donnent de bons résultats en terme de CPC (le coût par clic). Quant au display (affiche publicitaire digitale), il a subit une baisse de 7% puisque les résultats sont moins visibles à court-terme.  Mais Pour Laurence Bridier, directrice associée chez Weborama, « le marché retrouvant son équilibre, nous pouvons espérer un retour en puissance du branding ».

Deuxième enjeu pour les éditeurs comme pour les annonceurs: la présence de plus en plus importante de Google dans le secteur. Avec les programmes de publicité contextuelle AdSense et AdWord la firme de Mountain View est déjà incontournable sur le marché du lien sponsorisé. En lançant le 18 septembre dernier son Double Click AdExchange, une plate-forme d’achat et de vente aux enchère de bannières publicitaire, elle devient un acteur sérieux du display.

Autres acteurs montants sur le marché de la publicité en ligne, les Ad networks, où en français, les régies de réseaux. Ils ont largement tiré profit de la crise selon une mécanique assez pernicieuse : les sites web – au premier rang desquels les sites d’information – ne parvenant à commercialiser qu’une fraction de leur immense inventaires de pages, se sont mis à céder à ces régies une grande part de leur inventaire, mais à des prix cassés. Là où un espace de choix était commercialisé à un CPM (coût pour mille) de 10€, les morceaux les moins nobles sont soldés à 1€ du mille, voire moins aux ad networks. Un système déflationniste pour la publicité en ligne dans la mesure où les annonceurs sont tentés d’aller au moins cher dès lors que la régie de réseaux lui garanti un « contact » (une cible) qualifié…. L’enjeu pour les annonceurs est de bien cerner comment intégrer ces acteurs dans leur mix média. Pour les éditeurs, il s’agit de mettre en valeur leur différence par rapport à ces Ad networks.

Twitter et m-business

Il y a deux ans, personne n’avait jamais entendu parler de Twitter. Aujourd’hui ils sont des millions à écrire quotidiennement leurs 140 caractères. Ainsi en va-t-il du média Internet. Contrairement à la télévision, à la radio ou à la presse, Internet est en constante évolution. Et les acteurs de la publicité en ligne essayent de suivre… « Les grands directeurs marketing savent exactement comment procéder et qu’investir pour la création d’un spot publicitaire TV. Mais l’investissement branding dans les réseaux sociaux leur est moins naturel », explique ainsi Marie Delamarche, directrice adjointe du SRI.
L’année 2010 devrait voir une massification de l’usage des réseaux sociaux par les annonceurs. Ce qui les pousserait à adapter leurs outils publicitaires. En effet, les annonceurs ne peuvent se contenter de rechercher la performance sur les réseaux sociaux, ils doivent y investir des ressources pour se servir au mieux de l’interaction avec les internautes. « Il faut faire entrer dans les moeurs des marketeurs l’intégration du web bien plus en amont, dans la stratégie plurimédia. »

D’autant que les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à faire bouger les lignes. On parle déjà de « m-business » pour qualifier le marketing sur les Smartphones et les publicitaires cogitent pour trouver le meilleure partie de leurs innombrables applications.

Laurence DESJOYAUX

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Le petit dernier du couple Médiamétrie Nielsen, c’est la mesure de l’audience de la « catch-up » radio (voir l’étude médiamétrie)ou écoute de rattrapage, publiée depuis décembre. Par rattrapage, il faut entendre toutes les émissions écoutées en différé grâce à Internet. Parmi ces modes d’écoutes, les podcasts ont leur propre classement. Et les sacro-saints résultats mensuels d’audience des stations françaises s’en retrouvent sens dessus-dessous. Bilan d’un nouveau hit-parade.

France Inter - Europe 1 - RTL - France Culture

France Inter contre Europe 1

Et ce sont Europe1 et France Inter qui se tirent la bourre depuis les premiers résultats, avec une avance pour France Inter sur les résultats de novembre et de janvier. Avec respectivement 4,3 millions et 4,5 millions de téléchargements en janvier, ce groupe de tête a très largement creusé l’écart par rapport aux autres stations. C’est France Culture qui arrive en 3ème position avec moitié moins d’audience (2,3 millions). Si les chiffres semblent négligeables face aux millions d’auditeurs quotidiens, le défi est pris au sérieux par les directions des stations françaises, au point qu’Europe1,  « en pleine progression », ne veut pas communiquer les chiffres de téléchargement de ses émissions. La progression des téléchargements est d’ailleurs fulgurante car en décembre, Europe 1 arrivait en tête avec seulement 3,7 millions de téléchargements mensuels contre 3,5 millions pour France Inter. Les communiqués de janvier (résultats de décembre) et de décembre (résultats de novembre) ne sont plus en ligne. La chaîne publique a donc gagné un million de téléchargements en un mois. Sur France Inter, c’est « 2000 ans d’histoire », de Patrick Gélinet, qui arrive en tête, avec  900 000 téléchargements mensuels. C’est donc l’émission préférée des podcasteurs, suivie des chroniques matinales des humoristes Stéphane Guillon (500 000) et de Didier Porte (300 000).

RTL est dans les choux

La première radio de France en termes d’audiences hertziennes n’a pas su prendre le virage de la radio en différé, et ce bien que son site soit, avec 2,31 millions de visiteurs uniques par mois, le site de radio le plus visité. Elle tombe à la quatrième position avec un peu plus de 2 millions de téléchargements mensuels, conquis grâce aux chroniques et émissions phares de la chaîne : Laurent Gerra en tête, avec 600 000 téléchargements par mois (il rassemble 2 millions d’auditeurs quotidiens), suivi des grosses têtes (500 000). Le divertissement tient une place de choix donc, juste devant la politique, avec « Le fait politique » d’Alain Duhamel, et l’interview quotidienne de Jean-Michel Apathie. Pour Maxime Petitjean, responsable du service Web à RTL, si sa station s’est laissée très largement dépasser sur le front du téléchargement, c’est parce que ses programmes ne s’y prêtent pas et que comparativement, elle propose moins d’émissions à podcaster.

Radio France et la nuée de podcasts

La stratégie de Radio France et un probable élément de son succès, c’est la très grande offre de téléchargements proposés. Les deux stations phares du groupe en termes d’audience en différé, France Inter et France Culture, offrent chacune presque une centaine de programmes quand RTL n’en a qu’une vingtaine. A titre d’exemple, le 6h30-10h de Nicolas Demorand sur France Inter peut être téléchargé en intégralité, mais il est aussi sectionné en plusieurs podcasts de courte durée. Ainsi ce sont presque 20 podcasts qui sont proposés pour 3h30 d’antenne, parmi lesquels deux des plus téléchargés de la station : les chroniques « L’humeur de Stéphane Guillon » et « L’humeur de Didier Porte », diffusées à 7h53 dans la matinale, avec respectivement 560 000 et 370 000 téléchargements.

On rattrape sa culture

La recette Radio France, c’est aussi la culture, qui connaît un succès étonnant en termes de téléchargements. Le programme le plus téléchargé de France revient ainsi à France Inter, grâce aux 900.000 téléchargements mensuels de « 2000 ans d’histoire ». Un programme pédagogique, consacré à l’histoire, est donc plébiscité par l’audience. Pour Anne Brunel, directrice adjointe du pôle multimédia à Radio France, ça n’est pas une surprise. Elle rappelle qu’avant même les podcasts, des associations d’auditeurs s’étaient formées pour partager des cassettes de programmes diffusés sur les antennes de Radio France. Les émissions de radio peuvent devenir des objets de collection et les émissions culturelles s’y prêtent particulièrement. Ce phénomène explique selon elle le succès des programmes de France Culture tels que « La Nouvelle Fabrique de l’Histoire » d’Emmanuel Laurentin (148 000), Les « Nouveaux chemins de la connaissance », émission de vulgarisation de la philosophie de Raphaël Enthoven (313 000) ou « Du grain à moudre » (105 000). Ces programmes ne sont pas tributaires de l’actualité et deviennent donc l’objet de collections à caractère encyclopédique. « On peut imaginer que des étudiants de Terminale révisent l’épreuve de philo au bac en réécoutant leurs podcasts des Nouveaux chemins de la connaissance de Raphaël Enthoven ». La culture est en très bonne place dans les classements par genre des émissions podcastées : elle rafle la deuxième place avec plus de 4 millions d’émissions téléchargées, derrière le divertissement (6 millions de téléchargement).

Le petit artisanat de la mise en ligne

L’efficacité du groupe Radio France s’explique sans doute aussi par la facilité de mise en ligne de leurs émissions. Contrairement aux stations privées, ses émissions ne sont pas interrompues par des pages de publicité. Une étape de moins pour les techniciens chargés d’envoyer les contenus au téléchargement. Pour les autres stations, il faut, avant de les mettre en ligne extraire la publicité des émissions. Pas d’autre solution que de le faire manuellement, il n’existe pas encore de système automatisé. Les programmes courts sont mis en ligne rapidement (une dizaine de minutes pour la chronique de Laurent Gerra sur RTL), mais pour les programmes longs, il faut s’armer de patience : jusqu’à une demi-heure pour un programme comme « On refait le monde » sur RTL, qui dure environ 3 quarts d’heure et qui est entrelardé de pages de publicité.

On ne gagne pas d’argent en podcastant

L’usage du podcast s’est imposé en France et les stations de radio peuvent difficilement éviter de proposer leurs programmes en audience différée… même si pour l’instant, ils coûtent beaucoup plus qu’ils ne rapportent, en travail humain comme en bande passante. La nouvelle mesure lancée par Médiamétrie et Nielsen encouragera peut-être les annonceurs à s’engager sur ce nouveau support, même si les audiences semblent négligeables par rapport aux audiences hertziennes. Eric Connehaye, de RMC (5ème station la plus podcastée) explique qu’une émission débarrassée de ses publicités peut être revendue à un autre annonceur pour sa mise en ligne en podcast. La station américaine publique NPR a généralisé cette pratique en faisant parrainer ses émissions en podcasts. Quelques secondes sont consacrées à l’annonceur avant le début du programme. Si sur RTL cette méthode a été ponctuellement utilisée, elle est loin de s’être généralisée en France. Pour l’instant, le podcast coûte cher aux stations.

Marine LOYEN

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