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L'économie des médias en question

Tag Archives: Presse

Joshua Benton est directeur du Nieman Journalism Lab, à l’Université de Harvard. Il a accepté de répondre aux questions de Numerico sur le coût du journalisme d’investigation et son avenir.

Croyez-vous que le journalisme d’investigation est mort ?

Sous sa forme traditionnelle, le journalisme d’investigation coûte cher. Il exige des journalistes qui enquêtent à temps plein, généralement chevronnés, bien payés et qui ne produisent pas autant de contenu que les autres. Aux Etats-Unis ce modèle marchait bien : les journaux gagnaient tellement d’argent qu’ils pouvaient se permettre d’ avoir une équipe de journalistes d’investigation, comme au New York Times et dans certains journaux régionaux comme le Dallas Morning News.

Cette situation a changé à cause de la crise économique. Les journaux vont moins bien, donc le nombre d’enquêtes est en chute libre. Mais il y a un certain nombre de facteurs qui montrent que le journalisme d’investigation est tout simplement en train d’évoluer :

1) L’émergence d’Internet a fortement diminué le coût d’une enquête journalistique. Elle permet d’accéder facilement à des experts, aux données et à des documents difficiles à se procurer auparavant.

2) Beaucoup de gens qui ne sont pas journalistes d’investigation peuvent faire un travail similaire sur une plus petite échelle. Ils peuvent poser des questions, aller fouiller dans une affaire, découvrir des choses, poster un article sur un blog, etc.

3) De nombreuses start-up dans le journalisme mènent de bonnes enquêtes. Ce sont de petites rédactions, peu coûteuses, qui ne paient pas de gros salaires, mais capables d’utiliser Internet pour faire des reportages d’investigation de manière innovante.

Quels sont les principaux frais impliqués dans une enquête traditionnelle?

Cela dépend de chaque investigation, mais la principale dépense est le salaire des personnes qui travaillent dans l’enquête : les journalistes, les éditeurs, les photographes, les graphistes, etc. Ensuite, dans les grandes investigations, les journaux américains prévoient un budget spécial pour les avocats, une somme inférieure aux salaires des journalistes. Dans certains cas, les dépenses légales peuvent devenir le coût numéro un. Après, il y a d’autres frais liés à l’enquête : la documentation qu’il faut acheter auprès des gouvernements, les frais de voyages, etc.

Combien coûte un grand projet d’investigation journalistique aux Etats-Unis ?

Pour un très gros projet, par exemple l’enquête du Boston Globe sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (voir ici), je pense que le coût de l’investigation se situe dans les millions de dollars. Une douzaine de personnes ont travaillé dessus : cinq ou six journalistes, plusieurs éditeurs et quelques photographes. Le Boston Globe a consacré cinq ans à cette investigation. Je soupçonne que dans cette affaire les honoraires des avocats ont coûté plus cher que l’enquête. Mais d’autres investigations ont des coûts plus restreints. J’ai écrit pour le Dallas Morning News sur le scandale de tricheries aux examens dans des écoles primaires du Texas (voir ici) : ça n’avait pas coûté très cher, peut-être 5 000 dollars en frais, en plus de mon salaire, sur une période de trois ans (lire aussi ici et ici).

Combien ça coûte d’écrire un Pulitzer, à votre avis?

Ça dépend énormément : il y a tellement de façons différentes de gagner un prix journalistique. Ça peut ne presque rien coûter. Dans le cas d’une photo, ça peut vous coûter la paie d’un photographe pour une heure de travail. D’un autre côté, quand  la rédaction du New York Times reçoit un Pulitzer pour la couverture de la guerre en Irak (voir ici), ça coûte 3 millions de dollars, plus le salaire des journalistes à Washington et ailleurs*. Il n’y a pas une façon d’évaluer ça, mais je dirais que la plupart des prix Pulitzer sont l’œuvre de plusieurs personnes qui travaillent pendant, au minimum des semaines, mais souvent des mois sur leur projet. Le coût est alors de l’ordre de la centaine de milliers de dollars, voire plus. Mais il y a de plus petits projets qui reçoivent de tels prix, comme le Pulitzer du portrait (ici), qui prend seulement une semaine ou deux avec un journaliste pour l’écrire.

Propos recueillis par Martin FOSSATI et Nina MONTANE

*Le bureau de Bagdad du New York Times lui coûte 3 millions de dollars par an. Et celui du Washington Post, un million de dollars par an. C’est le chiffre qu’ils estimaient, en incluant les salaires des journalistes. Lire l’article du Nieman Lab sur ce sujet ici.

A suivre : Sources innovantes de financement de l’enquête (2/3)

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L’enquête journalistique coûte-t-elle si cher ? Qu’est-ce qui pèse le plus sur le budget d’une rédaction lors d’une recherche de longue haleine: le temps, les frais, l’équipe ? Chaque semaine, Numerico décortique le coût d’une enquête, sur différent supports. Plongée dans les notes de frais et les fiches de paie des journalistes d’investigation.

Depuis trois ans, Gérard Davet, grand reporter au Monde, suit de près les affaires politiques et judiciaires autour de Gaston Flosse, ex-président de la Polynésie française. Homme fort de la collectivité d’outre-mer et proche de Jacques Chirac, il est poursuivi en 2009 dans onze enquêtes pour corruption. « Polynésie, La chute du parrain de Tahiti », une enquête de M.Davet, a paru jeudi 6 février en couverture du Monde Magazine. Il y retrace à travers de nombreux témoignages et citations de procès-verbaux le « pouvoir total, sans concessions » qu’exerçait Gaston Flosse via un réseau clientéliste, puis explique sa déchéance.

Le Monde Magazine - Publication du 6 février

La rédaction du Monde Magazine a décidé de l’envoyer sur place une quinzaine de jours pour enquêter sur le « système » Flosse. Selon Gérard Davet, « il était impossible de couvrir un sujet aussi complexe et délicat par téléphone ». Une décision journalistique importante, dont nous avons tenté de reconstituer le coût.

Au total, l’addition de l’enquête s’élève à plus de 17 000 euros pour les six pages.  Ce chiffre prend en compte la plupart des postes importants : le salaire du journaliste, ses frais sur place, ainsi que toute la partie « post-production » : édition, mise en forme, iconographie, traitement.

Terrain

Pour préparer ce dossier délicat, le journaliste s’entretient d’abord avec une dizaine de personnes à Paris – un temps que nous évaluons grosso modo à deux jours de travail (répartis sur une plus longue période). Ensuite, départ pour Tahiti où l’envoyé spécial reste deux semaines pour enquêter sur le terrain. A son retour, il prend quatre jours pour rédiger son article à partir de ses notes et des documents qu’il a amassés.  En plus de cette enquête, le journaliste a publié un article dans le quotidien sitôt revenu de Tahiti (voir ici). Au final, ce travail aura pris une vingtaine de jours : c’est à peu près le nombre de jours ouvrables dans un mois. En tant que chef du service des grands reporters, son salaire net s’élève à 4 300 euros. En brut, il aura donc « coûté » 7 830€ euros (en salaire brut chargé)* à sa rédaction pour cette enquête.

S’ajoutent à cela les frais de déplacement et logement, qui s’élèvent à 4 000 euros. Comptez  1 500 euros pour un aller-retour Paris-Papeete en basse saison. Sur place, le journaliste dépense 100 euros par nuit d’hôtel et environ 50 euros en nourriture. Sans oublier les 800 euros de location de voiture. Depuis quelques années, la situation financière du Monde s’est dégradée. Du coup, les journalistes  regardent à la dépense. « Le temps des voyages en première classe est révolu et les reporters évitent de dépenser plus d’une centaine d’euros pour une nuit d’hôtel », résume Gérad Davet.

Coquillages et colliers de fleurs

Pour être précis dans le calcul, il faut ajouter le temps consacré par cinq personnes à relire, corriger et titrer l’article, puis mettre au point la maquette etc. Un travail qui s’inscrit « dans le flux de la réalisation (du) numéro. Toute tentative de l’en isoler est donc artificielle », selon François Joly, chef d’édition au Monde Magazine.  L’édition et la correction d’un article aussi long vont impliquer le travail d’un éditeur junior, d’un autre plus senior, et de deux correctrices. Au total, cette partie de la post-production coûte entre 700 et 1000 euros.

La version finale de l’article comporte une dizaine de photos, issues d’agences et de la presse locale magazine. Cécile Rivière, éditrice photo, estime le coût de l’illustration de cette enquête à 3 300 euros. On peut rajouter son salaire d’une semaine, soit 1363 euros bruts chargés**, dans les coûts de l’enquête – son travail fait partie de la mise en valeur de l’article. En couverture du Magazine, une photo de  Gaston Flosse, colliers de fleurs autour du cou, en compagnie de Jacques Chirac, son ami. L’ex-président polynésien est suspecté, entre autres, d’avoir « port(é) des valises » pour le RPR, selon l’article. On découvre dans l’enquête le poids de cette amitié dans le maintien du pouvoir de Gaston Flosse. Par exemple dans ce passage:

« Conseiller à l’outre-mer pour Lionel Jospin, en 1997, Alain Christnacht n’a rien oublié de sa prise de fonction: « J’avais rendez-vous avec le directeur de cabinet de M. Chirac, et je vois arriver tout d’un coup le président (…) juste avant de partir, il me glisse: « sachez que je considérerais comme une agression tout ce qui serait tenté contre M.Flosse. » »

Au long de sa carrière de grand reporter, Gérard Davet a couvert  des évènements aux quatre coins du monde. Son salaire  est la dépense majeure de la rédaction pour cet article (et non ses frais), comme dans la plupart des enquêtes. Pour M.Davet, c’est le prix à payer pour « une information  de qualité, certifiée par un journaliste expérimenté du Monde ». Selon lui, Tahiti ne brille pas par sa tradition d’indépendance journalistique. De même, le travail de ses quelques bloggueurs ne peut pas témoigner d’une telle rigueur, ni fournir une enquête aussi riche et affinée. Les difficultés financières de sa rédaction ne l’empêchent pas de payer un employé un mois entier pour rendre un seul sujet approfondi. 

Selon M.Davet, seul un média papier peut se permettre de telles dépenses pour une enquête de ce genre. Or, le pure player Mediapart a également envoyé un journaliste enquêter sur le même sujet et à la même époque. A suivre prochainement sur Numerico.

Nina MONTANE

*4 300 euros nets, soit 5 400 euros bruts multipliés par 1,45 pour obtenir le coût total chargé.

**sur la base d’un salaire brut hebdomadaire à 940 euros.

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Gratuité de l’information en ligne, chute des revenus des médias traditionnels, business model introuvable sur Internet… les ressources des médias, tous supports confondus, tendent à se réduire. Le journalisme de qualité est confronté à un important défi, celui de la réduction du budget des rédactions. Les entreprises traditionnelles de presse réduisent leurs dépenses et suppriment des postes. Les sites d’information sur Internet, qui pourraient prendre le relais, ont du mal à trouver un modèle économique qui leur permet de financer des enquêtes de longue durée ou des couvertures à l’international.

Dans ce contexte de crise et de transformation, Numerico a voulu disséquer les composantes économiques d’un travail d’investigation ou du traitement d’un évènement international, en profondeur et sur une longue durée. Combien coûte à un quotidien comme Le Monde ou Le Figaro, une année de couverture de la guerre en Afghanistan ? Combien coûte une enquête, comme celle sur Gaston Flosse, réalisée par Gérard Davet pour le Monde Magazine ?

La reconstruction des coûts et la recherche des chiffres n’a pas été facile. Pas à cause du refus de collaborer des médias, mais parce que la collecte de ce type d’information est un travail de fourmi. Certaines dépenses se sont révélées complexes à calculer,  même pour les journalistes qui ont mené les enquêtes, ou qui sont parti à l’étranger en tant qu’envoyés spéciaux. Voyage dans les notes de frais et les fiches de paie du journalisme « de qualité ».

Martin FOSSATI et Nina MONTANE

– 1ère enquête : Couverture  des élections présidentielles afghanes, le comparatif des coûts au Monde et au Figaro. Qu’est-ce qui coûte cher dans la couverture d’un sujet à l’étranger? Entre les deux quotidiens, qui dépense le plus? (vendredi 12 mars)

– 2ème enquête : Le prix d’une enquête sur Gaston Flosse en Polynésie française par Le Monde Magazine (vendredi 19 mars) (voir ici)

A venir:

– 3ème enquête : L’enquête sur Gaston Flosse, version Mediapart. Le pure player dépense-t-il autant que le journal papier pour son investigation? Comment la finance-t-il?  (vendredi 26 mars)

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On connaît assez bien les montants des aides attribuées aux journaux papier de la presse traditionnelle. Mais cette même presse traditionnelle, sur le Net, fait preuve d’une opacité étonnante. Les pure players s’insurgent.

Les aides de l’Etat à la presse traditionnelle en ligne « sont des aides publiques qui ne sont pas publiques », souligne Laurent Mauriac, co-fondateur du site Rue 89 et membre du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) depuis sa création en octobre 2009. « Il me semble qu’il y a une contradiction énorme et que cela jette une suspicion sur l’ensemble du dispositif ».

Il y a un peu plus d’un an, Nicolas Sarkozy annonçait un plan de trois ans d’aides exceptionnelles à la presse française. Pour la première fois, les sites Internet de la presse traditionnelle y avaient droit. Au total, 20 millions d’euros en 2009 pour l’ensemble de la presse en ligne. La répartition exacte de ce montant, cependant, n’a jamais été rendue publique.

Le 15 janvier 2010, le Spiil a envoyé une lettre au ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, pour réclamer plus de transparence de la part de leurs confrères. Au ministère, Vincent Peyrègne, conseiller technique chargé de la presse, se dit favorable à la transparence. Mais il y a un bémol : « Nous sommes à la croisée de deux droits qui peuvent être contradictoires, explique-t-il. D’une part, le droit à l’information quant aux attributions des aides publiques ; de l’autre, il s’agit de données sensibles pour les entreprises ». Frédéric Mitterrand ne dit pas autre chose dans sa réponse au Spiil, puisqu’il considère leur « démarche [comme] légitime, fondée sur des intentions louables » mais estime qu’elle peut soulever des difficultés liées au « secret des affaires » et à de « possibles effets contre-productifs pour les publications elles-mêmes ».

Frédéric Mitterrand - © musée national Jean-Jacques Henner

Pour donner l’exemple, certains membres du syndicat ont d’ailleurs révélé combien ils avaient obtenu. En 2009, Rue 89 a reçu 249.000 €, Mediapart a touché 200.000 € et Slate.fr : 199.000 €. Quant à Arrêt sur Images, il a refusé toute aide de l’Etat.

Laurent Mauriac précise néanmoins que « ce ne sont pas des aides qui vont dans le compte en banque. Ce sont des prestataires qui les reçoivent directement pour réaliser nos projets ».

Selon lui, cela n’est pas la meilleure façon de procéder. « Le Spiil milite aussi pour que des projets puissent bénéficier d’aides même s’ils sont développés en interne. Pour l’instant, il faut que cela soit en externe».

Dans le cas de Rue 89, un projet de développement a été déposé : « Il s’agit d’une nouvelle version du site, une refondation complète de la plateforme technique », indique Laurent Mauriac.

« Equité »

Outre le manque de transparence dans la répartition des aides, nombreux sont ceux qui ont critiqué les pure players de les avoir acceptées. « Nous n’étions pas demandeurs de ces aides. Mais à partir du moment où certains sites de médias traditionnels touchaient des aides, on estimait anormal que l’on en soit privé. Ce que nous avons demandé, c’est donc l’équité, rétorque Mauriac. Mais il ne faut surtout pas que les entreprises s’habituent à ces aides comme c’est le cas, malheureusement, pour la presse écrite ».

Bruno DUSAUSSOY et João ALENCAR

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Vous les croisez tous les jours, peut-être même leur achetez-vous des journaux, mais que connaissez-vous de leur vie quotidienne et des revenus de leur travail? Portrait du métier de kiosquier.

Elles sont fraiches mes nouvelles, elles sont chères mes nouvelles.

Iqbal attend les élections présidentielles de 2012 avec impatience. Ni militant au sein d’un parti, ni passionné par la politique, ni férocement anti-sarkozyste, Iqbal est kiosquier. Une  période d’actualité riche, comme les élections, est pour lui synonyme de progression des ventes. « Moi, j’ai adoré le début de la crise ! J’ai sacrément augmenté mon salaire », se réjouit-il.

Les kiosquiers tirent leur rémunération du nombre de journaux qu’ils vendent. Pour chaque exemplaire vendu, 18% leur revient. Une fois les charges déduites, le commerçant touche environ 10% du prix de vente. Chaque journal Libération vendu rapporte donc autour de 13 centimes à celui qui vous l’a proposé. Les relais H, présents dans les gares et métro touchent eux des commissions de 30%.

Iqbal fait ce métier depuis 5 ans. Installé à l’entrée de la bouche de métro République, le solide gaillard a l’habitude des semaines de 80 heures de travail. Sans prendre aucune pause. « Si j’ai besoin d’aller aux toilettes j’appelle ma femme pour qu’elle vienne me remplacer quelques minutes ». Eté comme hiver, Iqbal est debout toute la journée derrière son comptoir. L’homme garde cependant le sourire quand, pour la 15ème fois de la journée, un touriste égaré vient lui demander son chemin. Ces rudes conditions de travail contre un salaire pas franchement mirobolant ont pourtant fait renoncer de nombreux kiosquiers à leur boutique : le nombre de points de vente de journaux a chuté de près de 16% depuis 1995 selon un rapport législatif du Sénat, soit quelques 800 kiosques aujourd’hui.

Un kiosque parisien, près de la place de Clichy - Flickr

A force de Parisien, de Nouvel Obs et de Closer vendus, Iqbal parvient à amasser environ 2 000 euros nets par mois. Si l’actualité se déchaîne, il peut gagner jusqu’à 4 000 euros. Les taux de rémunération des kiosquiers français sont inférieurs de plus de 25% en moyenne à ceux pratiqués en Grande-Bretagne et 20% en Allemagne, toujours selon le Sénat.

Les paumes rugueuses à force de déballer des cartons, Iqbal caresse sa pile de Le Monde, journal qu’il vend le plus : « c’est mon meilleur cheval », sourit-il. Les kiosquiers ne sont qu’un intermédiaire entre l’éditeur et le lecteur. Les éditeurs restent propriétaires de leurs numéros jusqu’à l’achat final par le lecteur. Les invendus doivent donc être renvoyés. « Ça me rassure, explique Alain, kiosquier à Bastille. Le vendeur de fruit d’à côté, lui, il doit se débrouiller avec ses bananes pourries ! »En contrepartie, le  kiosquier n’a pas son mot à dire sur l’arrangement de sa boutique : qu’il soit tendance Figaro ou résolument Humanité, le diffuseur doit présenter au public les titres de presse de façon impartiale.

Les revenus générés par les publicités plaquées sur les kiosques français ne reviennent pas au kiosquier. Ils filent tout droit dans la poche de l’Administration d’Affichage de Publicité (AAP), filiale détenue à plus de 90% par les groupes Hachette, Presstalis et Transport Presse. L’AAP assure la construction, l’entretien des kiosques et la gestion de la publicité.

Le kiosquier doit payer un loyer pour occuper un emplacement. A Paris, celui-ci est définit par la mairie en fonction du chiffre d’affaire généré. Iqbal paye lui plus de 500 euros par an. « C’est un petit loyer », explique-t-il. Pour décider de l’attribution des emplacements, la mairie réunit deux fois par an la commission professionnelle des kiosquiers. Plus vous êtes ancien dans le métier, plus vous avez de chance de vous voir attribuer un kiosque pas trop inconfortable et surtout bien placé. En Province, le paiement du loyer se fait auprès de la société Mediakiosque. Des kiosques comme des appartements, les prix baissent avec la taille de la ville.

Judith DUPORTAIL

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600 millions d’euros sur trois ans : tel était le montant des aides publiques destinées à la presse écrite à la suite des États généraux qui se sont achevés il y a un an. S’appuyant sur les recommandations du Livre vert remis par les chefs des quatre groupes de travail des Etats généraux de la presse écrite (EGPE), Nicolas Sarkozy avait annoncé dans son discours de clôture à l’Elysée le 23 janvier 2009 une série de mesures exceptionnelles.

Parmi celles-ci figuraient une aide à la distribution (avec un effort particulier sur le portage) et, pour la première fois, aux médias en ligne ; l’abonnement gratuit, à titre expérimental, pour les jeunes de 18 ans, etc.

Antoine de Tarlé, gérant d’Ouest France Multimédia, a participé aux EGPE. C’est à ce titre qu’il en fait le bilan, « à la fois positif et incomplet », un an après.

Il revient également sur le « grand succès » remporté par l’abonnement gratuit aux jeunes de 18 ans.

João ALENCAR et Bruno DUSAUSSOY

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